FENIP et Hassan Sentissi El Idrissi détaillent la chaîne de distribution du poisson
La filière halieutique face aux maillons faibles de la chaîne de distribution
Chaîne de distribution des produits de la pêche au Maroc : étapes, défis logistiques, transformation, traçabilité et pistes pour renforcer qualité et export.
La filière des produits de la mer au Maroc repose sur une succession d’opérations qui vont de la capture au présentoir du consommateur. Selon Hassan Sentissi El Idrissi, président de la Fédération des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche (FENIP), chaque étape est déterminante pour la qualité, la sécurité alimentaire et la valeur ajoutée générée par le secteur. Les acteurs industriels, les pêcheurs artisanaux et les distributeurs doivent coordonner flux, stockage et transformation dans un environnement où la logistique et la traçabilité restent des défis quotidiens.
Étapes de la chaîne : de la capture à la première vente
La chaîne commence par la capture en mer, effectuée par des flottilles industrielles et artisanales. Après le débarquement, le poisson passe par la criée ou des points de vente locaux où s’opèrent les premières transactions. Ces premières ventes conditionnent le prix et la qualité des lots destinés soit à la consommation locale, soit à l’export. La rapidité de traitement et le respect des règles d’hygiène dès la sortie de l’eau déterminent en grande partie le potentiel de valorisation ultérieur.
Cold chain et logistique : maillons fragiles
Le maintien de la chaîne du froid est indispensable pour préserver la fraîcheur et la sécurité sanitaire des produits halieutiques. Les ruptures de froid lors du transport, du stockage ou dans les points de vente réduisent la durée de conservation et augmentent les risques sanitaires. Infrastructure portuaire, camions frigorifiques, chambres froides et distribution urbaine doivent être synchronisés. Là où les capacités logistiques font défaut, les pertes post-récolte augmentent et la compétitivité à l’export s’en trouve affectée.
Unités de transformation et création de valeur
Les usines de transformation jouent un rôle central pour convertir la matière première en produits à plus forte valeur ajoutée : filets emballés, conserves, surgelés, produits prêts à consommer. La modernisation des procédés de transformation, l’adoption de normes qualité et l’investissement dans l’emballage améliorent l’accès aux marchés internationaux. La diversification des gammes permet aussi d’atténuer la dépendance aux marchés saisonniers et d’augmenter les marges pour l’ensemble de la filière.
Pêche artisanale et intégration des petits acteurs
La pêche artisanale alimente une part importante du marché national et fournit de l’emploi local. Cependant, les petits pêcheurs rencontrent des obstacles pour accéder aux circuits structurés : manque d’équipements de conservation, difficultés d’accès aux criées modernes, et faibles capacités de groupement. Mieux intégrer ces acteurs aux chaînes de valeur permettrait d’améliorer les conditions de travail, d’accroître les volumes livrés dans des conditions sanitaires maîtrisées et de limiter les pertes.
Réglementation, traçabilité et normes sanitaires
La conformité aux exigences sanitaires et aux normes de traçabilité est une condition sine qua non pour l’exportation et la confiance du consommateur. La mise en place de systèmes de traçabilité clairs, le contrôle de la qualité à chaque étape et la formation des opérateurs réduisent les risques et facilitent les démarches commerciales à l’international. La réglementation doit être accompagnée d’un soutien technique et financier pour permettre aux petites et moyennes entreprises de se conformer aux standards.
Les perspectives de la filière passent par des investissements ciblés dans le froid, la modernisation des unités de transformation et le renforcement des capacités des acteurs artisanaux. Une meilleure coordination entre pêcheurs, industries et distributeurs, soutenue par des politiques publiques favorables, peut réduire les pertes, améliorer la qualité des produits et ouvrir de nouveaux marchés export. Pour cela, la profession met l’accent sur la nécessité d’une approche intégrée qui sécurise la chaîne de valeur du filet à l’assiette.