Flambée du paludisme au Zimbabwe après les coupes du financement américain
Zimbabwe : flambée du paludisme en 2026 liée aux coupes de financement et aux pluies intenses
Au Zimbabwe, les cas et les décès liés au paludisme ont connu une hausse rapide en 2026, exposant les faiblesses des systèmes de prévention et les conséquences des réductions de financement international. Les pénuries de moustiquaires, de kits de diagnostic et de médicaments aggravent la situation, tandis que les fortes pluies de la saison 2025-2026 ont créé des conditions favorables à la prolifération des moustiques.
Cas et mortalité en forte augmentation en 2026
Entre janvier et avril 2026, le nombre de cas de paludisme signalés a atteint 65 399, contre 36 000 pour la même période en 2025 et 17 000 en 2024. Le nombre de décès associés est passé à 174 sur ces quatre mois en 2026, comparé à 85 en 2025 et 34 en 2024. Ces chiffres traduisent une détérioration rapide de la situation sanitaire dans plusieurs provinces, notamment le Mashonaland Central, le Manicaland et le Mashonaland East.
Coupes de financement américain et perturbation des programmes
Les réductions significatives des flux d’aide étrangère depuis 2025 ont profondément affecté les programmes nationaux et locaux de lutte contre le paludisme. Des initiatives soutenues précédemment par l’aide internationale ont été réduites ou interrompues, entraînant une baisse des activités de prévention, de surveillance et de recherche. Avant les coupes, l’aide américaine avait représenté une part importante du financement de la santé ; son retrait a laissé des lacunes immédiates dans l’approvisionnement en médicaments et en matériels.
Pénuries de moustiquaires, tests rapides et traitements
Sur le terrain, agents de santé et habitants décrivent des pénuries persistantes. Dans des communautés rurales comme Chishakwe, des ménages n’ont pas accès à des moustiquaires imprégnées ni à des répulsifs, et les kits de diagnostic ont été distribués de façon limitée, surtout dans les « hotspots ». Plusieurs agents de santé ont été contraints d’orienter les malades vers des cliniques éloignées faute de fournitures locales, retardant le diagnostic et le traitement et augmentant le risque de complications fatales.
Rôle des programmes ZENTO et ZAPIM II et impact scientifique
Des programmes de recherche et d’appui opérationnel qui fournissaient des données entomologiques et soutenaient la riposte nationale ont été affaiblis. Ces initiatives, actives dans plusieurs districts à haute prévalence, contribuaient à orienter les interventions ciblées, comme la pulvérisation intradomiciliaire et la distribution ciblée de moustiquaires. Le retrait ou la réduction de ces soutiens a diminué la capacité des autorités sanitaires à détecter les foyers et à déployer des réponses rapides.
Facteurs climatiques : pluies 2025-2026 et El Niño
Les experts pointent également le rôle du climat. La période El Niño et les précipitations supérieures à la normale en 2025 et 2026 ont laissé des étendues d’eau stagnante propices à la reproduction des moustiques. L’effet des pluies est amplifié lorsque les mesures de prévention sont affaiblies : couverture réduite en moustiquaires, retard des campagnes anti-vectorielles et surveillance communautaire amoindrie favorisent la transmission dans des zones qui pouvaient auparavant être mieux contrôlées.
Réponses gouvernementales et besoins de financement national
Le gouvernement maintient l’objectif d’éliminer le paludisme d’ici 2030 et poursuit des actions — pulvérisations intradomiciliaires, campagnes de sensibilisation, extension des systèmes de surveillance et distribution ciblée de moustiquaires — mais la mise en œuvre a perdu en ampleur là où le soutien externe s’est tari. Les acteurs locaux appellent à un renforcement du financement national de la santé pour réduire la dépendance aux bailleurs et garantir la continuité des approvisionnements essentiels. Sans ressources supplémentaires, les experts avertissent qu’une partie des progrès obtenus au cours des dernières années pourrait être perdue.
Pour les familles affectées, l’expérience est immédiate et dramatique. Des cas isolés montrent que le diagnostic précoce et l’accès rapide au traitement sauvent des vies : un père de famille et son fils âgé de cinq ans se sont rétablis après un test positif et un traitement rapide. Mais dans d’autres localités, l’absence de moustiquaires, la rareté des tests rapides et la distance jusqu’aux cliniques ont conduit à des issues tragiques. La conjonction de déficits de financement, de capacités opérationnelles réduites et de conditions climatiques favorables crée un risque élevé de nouvelles flambées si les réponses ne sont pas rapidement renforcées.