Glissements meurtriers à Rubaya RDC exposent travail d’enfants dans mines de coltan
Glissement meurtrier à Rubaya : les pluies relancent la tragédie dans les mines de coltan en RDC
Pluies à Rubaya (Nord-Kivu) : un nouveau glissement après l’effondrement du 3 mars a fait des centaines de morts. Enfants contraints de retourner aux mines.
Plus d’un mois après l’effondrement majeur survenu le 3 mars sur le site minier de Kasasa, la région de Rubaya, dans la province du Nord‑Kivu, a été de nouveau frappée par de fortes précipitations qui ont fragilisé les talus et provoqué un nouveau glissement de terrain meurtrier. La catastrophe s’ajoute à une série d’accidents mortels qui soulignent la vulnérabilité des exploitations artisanales et la précarité des travailleurs, dont de nombreux mineurs enfants qui déclarent ne pas avoir d’autre alternative pour survivre.
Nouvel glissement mortel après les pluies
Les pluies persistantes ont déstabilisé les pentes des carrières ouvertes autour de Rubaya, entraînant des effondrements locaux et des coulées de boue. Quelques jours après le drame du 3 mars, un autre glissement survenu le 6 mars a encore ravagé des zones d’extraction artisanale. Les opérations de récupération et d’évacuation ont été rendues plus difficiles par les conditions météorologiques et par l’accès partiellement coupé aux sites concernés.
Bilan humain et chiffres officiels
Le gouvernement congolais a indiqué que l’effondrement du 3 mars avait causé la mort d’environ 200 personnes sur le site de Kasasa, dont une soixantaine d’enfants. Les autorités parlent par ailleurs de centaines de victimes supplémentaires dans la région depuis le début de l’année, évoquant un total dépassant plusieurs centaines de morts en quelques semaines. Ces bilans sont parfois contestés localement, et les chiffres effectifs pourraient évoluer au fur et à mesure des opérations de secours et de l’identification des victimes.
Témoignage d’un adolescent rescapé et pression économique
Parmi les survivants figure un adolescent de 15 ans, dont le nom a été modifié pour des raisons de sécurité, qui se remet actuellement dans un lieu tenu secret à Goma, à une soixantaine de kilomètres de Rubaya. Il rapporte des scènes de chaos et la perte d’amis et de collègues. Malgré le traumatisme, il explique qu’il devra bientôt retourner travailler à la mine : son revenu quotidien est de l’ordre de 10 000 francs congolais (environ 4 dollars) et il assume la charge financière d’une famille de quatre personnes. Ce témoignage illustre la double contrainte qui pèse sur de nombreux mineurs artisanaux : la nécessité immédiate de subsistance et l’exposition à des risques extrêmes.
Cadre légal et réalité sur le terrain
La législation congolaise interdit le travail des enfants et prévoit des normes minimales de protection, mais l’application sur le terrain reste largement insuffisante. Les activités minières artisanales, informelles et souvent non réglementées, continuent d’employer des mineurs de tous âges dans des conditions dangereuses, sans équipement de protection ni supervision adéquate. Des organismes internationaux et des observateurs ont documenté depuis plusieurs années l’existence de pratiques d’exploitation et l’absence de contrôles effectifs dans de nombreuses zones d’extraction.
Conflit, contrôle territorial et commerce des minerais
La situation sécuritaire complique davantage la gestion des mines. Le contrôle de Rubaya a changé de mains ces derniers mois, ce qui a transformé l’accès aux sites et les circuits de commercialisation des minéraux. Les tensions entre forces régulières et groupes armés favorisent l’exploitation informelle et non contrôlée des ressources. Le coltan extrait dans la région alimente des chaînes d’approvisionnement internationales, mais les revenus semblent rarement bénéficier aux communautés locales qui vivent dans la précarité.
Conséquences sociales et appels à la responsabilité
Les effondrements répétés et la persistance du travail des enfants ont relancé les appels pour une meilleure responsabilité des acteurs économiques et des autorités. Des voix demandent une surveillance accrue des sites, des programmes de protection sociale pour réduire la dépendance des familles à l’exploitation artisanale, et des mesures pour sécuriser les zones minières afin d’éviter de nouveaux drames. La nécessité d’un contrôle effectif et d’un accès humanitaire sécurisé est également soulignée pour permettre des opérations de secours et la prise en charge des victimes.
La reconstruction sociale et économique autour de Rubaya nécessitera des interventions coordonnées — mesures de sécurité sur les sites, alternatives de revenu pour les familles, accès à l’éducation et mécanismes de transparence dans la chaîne d’approvisionnement des minerais — afin de réduire à la fois les risques immédiats pour les travailleurs et l’exploitation chronique dont sont victimes les populations locales.