Israël déploie l’IA ImiSight pour surveiller la Cisjordanie et accélérer les démolitions
Israël étend l’usage de l’intelligence artificielle pour la surveillance et les démolitions en Cisjordanie
Experts alertent sur l’utilisation d’IA, dont ImiSight, pour surveiller territoires, cibler opérations et accélérer démolitions et expulsions en Cisjordanie.
Alors que le débat mondial sur l’éthique de l’intelligence artificielle s’intensifie, des observateurs et défenseurs des droits affirment que des outils d’IA sont déployés dans des opérations sécuritaires et administratives qui modifient substantiellement le paysage territorial et humain en Israël et dans les territoires palestiniens occupés. Ces technologies seraient employées tant pour l’identification de cibles que pour la détection d’aménagements jugés « non autorisés », entraînant une accélération des démolitions et des déplacements de populations.
Emploi de l’IA dans le ciblage et la surveillance
Des systèmes d’IA font désormais partie des dispositifs utilisés pour analyser des images aériennes et identifier des changements sur le terrain. Ces algorithmes peuvent repérer rapidement des constructions, des modifications de terrain ou des mouvements considérés comme pertinents pour des opérations. Les acteurs qui critiquent ces usages soulignent que l’automatisation réduit le rôle de l’examen humain dans des décisions qui ont des conséquences durables sur des communautés civiles.
ImiSight et la cartographie automatisée des territoires
Parmi les outils évoqués figure un produit commercialisé sous le nom d’ImiSight, présenté comme capable de scanner de vastes superficies et de signaler des « empiètements » ou modifications du paysage. Initialement employé dans des régions intérieures, l’outil serait utilisé aujourd’hui sur des territoires contestés pour produire des inventaires rapides de structures et de changements, informations ensuite mobilisées pour justifier des actions administratives ou de démolition.
Transfert du modèle du Naqab vers la Cisjordanie
Des témoins et spécialistes rapportent que des méthodes de surveillance et d’intervention testées contre des populations bédouines dans le Naqab ont été adaptées pour opérer en Cisjordanie. La création, en avril 2025, d’une unité administrative dédiée au contrôle foncier dans les territoires occupés a été perçue par certains acteurs comme une formalisation de ce transfert de pratiques : un appareil administratif serait désormais engagé directement sur un territoire sous contrôle militaire, avec des outils technologiques avancés pour détecter des constructions ou des modifications de terrain.
Accélération des démolitions et chiffres récents
Les observateurs qui suivent l’évolution sur le terrain relèvent une hausse marquée des démolitions entre les périodes 2010–2022 et 2023–2025, estimée à environ 80 % dans les zones entièrement sous contrôle administratif et militaire. Sur la période 2023–2025, la moyenne annuelle de bâtiments détruits serait d’environ 966, avec une intensification notable en 2025 : près de 1 288 structures auraient été démolies entre janvier et septembre de cette année-là. Ces chiffres illustrent, selon ces observateurs, l’effet multiplicateur des outils d’analyse automatisée sur l’exécution opérationnelle.
Réseau de collecte, financement et automatisation de l’exécution
L’usage de l’IA s’inscrit dans un dispositif plus large mêlant surveillance spatiale, capteurs au sol, drones et réseaux locaux de collecte d’information. Des fonds publics ont été alloués pour renforcer des patrouilles et équiper des avant-postes de moyens technologiques (drones, caméras), transformant certains points de terrain en nœuds de renseignement. Ce maillage permettrait d’alimenter en temps quasi réel les algorithmes qui priorisent les cibles et facilitent la planification d’opérations sur le terrain.
Impact démographique et urbanistique lié à la colonisation
Parallèlement à l’automatisation des contrôles, des plans d’urbanisme et de colonisation ont progressé, incluant des projets de construction de dizaines de milliers de logements et la création d’avant-postes supplémentaires. Des observateurs notent un contraste structurel : des constructions palestiniennes sont rapidement identifiées et soumises à procédure de démolition, tandis que des implantations coloniales reçoivent parfois des financements, des connexions aux services, puis des processus de légalisation rétroactive. Cette dynamique contribue à des déplacements forcés et à une reconfiguration du tissu territorial.
Les critiques mettent également en garde contre la commercialisation potentielle de ces technologies : l’entraînement des algorithmes dans des contextes de contrôle et d’expulsion pourrait servir de vitrine pour des ventes internationales vers d’autres acteurs étatiques ou privés, soulevant des questions éthiques et réglementaires sur l’exportation de systèmes d’IA appliqués à la surveillance et à l’application du droit.
L’utilisation d’IA pour des décisions affectant directement des populations vulnérables pose des défis juridiques, éthiques et humanitaires importants. Les voix qui s’inquiètent de cette tendance appellent à un encadrement strict de ces technologies, à des mécanismes de responsabilité transparents et à des garanties d’examen humain effectif avant toute action coercitive impliquant un départ forcé ou la démolition de biens.