Janvier‑septembre 2026 au Maroc : importations à 707,99 Md DH, déficit commercial s’alourdit
Investissements industriels dynamisent des emplois pendant que le déficit commercial marocain s’alourdit
Le Maroc voit s’implanter de nouvelles usines (Benteler, SEOIL) et créer plusieurs centaines d’emplois, mais ses importations bondissent à 707,99 milliards de dirhams entre janvier et septembre 2026, creusant le déficit commercial.
L’ouverture récente d’usines à Kénitra et Settat illustre une dynamique d’investissement industriel combinée à des contraintes extérieures qui pèsent sur la balance commerciale. Malgré des performances exportatrices en progression dans l’automobile et l’aéronautique, les achats à l’étranger augmentent plus rapidement, entraînant un creusement du déficit et une détérioration du taux de couverture sur un an.
Nouvelles implantations industrielles à Kénitra et Settat
À Kénitra, l’équipementier allemand Benteler a inauguré fin juin une unité de composants automobiles qui a permis la création de plus de 300 emplois locaux. À Settat, une usine sud-coréenne du groupe SEOIL a démarré une production annuelle de six milliards de pailles, dont environ 95 % sont destinées à l’exportation. Ces projets renforcent les capacités industrielles du pays et diversifient l’offre d’exportation, tout en stimulant l’emploi régional.
Bilan des échanges entre janvier et septembre 2026
Sur la période janvier-septembre 2026, les importations marocaines ont atteint 707,99 milliards de dirhams, soit une hausse de 102,64 milliards par rapport à la même période un an plus tôt. Les exportations ont progressé également, mais dans une moindre mesure, à 384,05 milliards de dirhams, en hausse de 36,97 milliards. Le déficit commercial s’établit ainsi à 323,94 milliards de dirhams, en augmentation de 25,4 % sur un an, un signal notable pour les décideurs économiques.
Poids des biens d’équipement et de l’énergie
Les biens d’équipement constituent une part importante de l’accroissement des importations : ils ont augmenté de plus de 31 milliards pour atteindre 173,38 milliards de dirhams. Cette catégorie englobe des pièces aéronautiques, des machines industrielles et d’autres équipements nécessaires à la production. La facture énergétique a augmenté d’environ 30 milliards, pour s’établir à 111,6 milliards de dirhams, gonflée par la hausse des prix d’importation du gasoil et du fioul. Pour ces carburants, les prix à l’importation ont progressé de 47,5 %, alors que les volumes importés n’ont augmenté que de 2,4 %.
Performance des filières exportatrices
Plusieurs secteurs exportateurs maintiennent une trajectoire positive. L’automobile a réalisé 132,11 milliards de dirhams d’exportations, en progression de 14,3 %. L’aéronautique affiche une croissance encore plus marquée (+22,3 %) avec 26,22 milliards de dirhams exportés. Les phosphates et dérivés sont restés quasiment stables à 74,65 milliards de dirhams. Ces résultats montrent que la montée en gamme industrielle et la compétitivité de certaines filières continuent de soutenir la croissance des recettes à l’export.
Sursaut des importations de produits bruts et rôle du soufre
Les importations de produits bruts ont augmenté de 60,9 %, atteignant 52,06 milliards de dirhams. Cette hausse, proche de 20 milliards, est en grande partie liée aux achats de soufre, matière première essentielle pour la transformation du phosphate en engrais. La dépendance à l’égard d’intrants étrangers pour compléter les chaînes de valeur locales met en lumière une vulnérabilité : sans approvisionnement domestique suffisant en certains intrants, la compétitivité des exportations peut être affectée par des variations de prix internationaux.
Taux de couverture et conséquences macroéconomiques
Le taux de couverture – le rapport entre exportations et importations – s’est dégradé : il est passé de 57,3 % à fin septembre 2025 à 54,2 % un an plus tard, soit une baisse de 3,1 points. Cette évolution traduit un déséquilibre où la progression des achats à l’étranger dépasse celle des ventes à l’export, ce qui pèse sur les réserves de change et peut nécessiter des ajustements de politique économique. La concentration de l’augmentation des importations sur les équipements, l’énergie et les produits bruts (près de 79 % de la hausse totale sur neuf mois) signale des besoins structurels d’investissement et d’approvisionnement.
La conjonction d’investissements industriels créateurs d’emplois et d’une dégradation simultanée du solde commercial pose un défi d’équilibre : il s’agit de renforcer l’ancrage local des chaînes de valeur, maîtriser la facture énergétique et diversifier les approvisionnements en intrants stratégiques pour traduire la montée en puissance industrielle en gains durables pour la balance commerciale et la stabilité macroéconomique.