Journée de la Terre en Cisjordanie : confiscation de 513 dounams et abattage d’oliviers
Un agriculteur abat ses oliviers pour empêcher leur destruction après une décision de confiscation en Cisjordanie
Cisjordanie : après une décision de décembre 2025 visant 513 dounams, des oliviers abattus et des bulldozers rasent des terres ; expulsions et saisies se multiplient.
Abdul Rahman Azzam, 65 ans, a choisi de couper lui‑même les oliviers qu’il avait plantés avec ses ancêtres plutôt que de les voir arrachés par des engins militaires. La décision annoncée en décembre 2025 d’exproprier plus de 513 dounams (51,3 hectares) au sud de Jénine, principalement au profit d’une route reliant des implantations, a provoqué ce geste désespéré. Une majorité — 450 dounams — provient d’al‑Fandaqumiya ; le reste appartient à des villages voisins, dont Silat ad‑Dhahr et al‑Attara. L’opération intervient à la veille du 50e anniversaire de la Journée de la Terre, commémorée chaque 30 mars depuis 1976.
Un agriculteur abat ses oliviers pour les sauver de la confiscation
Azzam raconte qu’il travaillait ces terres depuis son enfance, aux côtés de son père et de son grand‑père, installant des oliviers et labourant les parcelles. Après le retour des colons dans la zone de Tarsala suite au retrait de 2005, il avait regagné ses terres. La nouvelle ordonnance parue en décembre 2025, suivie du passage de bulldozers, l’a contraint à abattre ses arbres par souci d’honneur et de dignité : « Il est plus facile pour nous de les couper que de les laisser être détruits par d’autres », dit‑il, la voix empreinte de douleur. Le geste illustre la perte matérielle et symbolique que représentent les oliviers pour de nombreuses familles palestiniennes.
Décision de décembre 2025 visant 513 dounams dans le sud de Jénine
La mesure annoncée fin décembre 2025 vise explicitement la construction d’une route destinée à relier des colonies situées au nord de Ramallah et au sud de Jénine. Les agriculteurs ont découvert les numéros de parcelles publiés dans des listes officielles avant toute notification individuelle, puis ont observé l’arrivée d’engins d’obstruction. Les propriétaires se retrouvent, dans plusieurs cas, privés de tout accès car les zones ciblées passent sous contrôle militaire effectif.
Bulldozers rasent des terres familiales près d’Ein Yabrud
Des scènes similaires ont été rapportées dans la région de Ramallah. Un propriétaire, Mohammed Fouad, a surpris un bulldozer raser 15 dounams de sa terre à Ein Yabrud, située à environ un kilomètre de la colonie de Beit El. Expulsé physiquement par des hommes armés alors qu’il tentait de s’approcher, il a vu ses arbres et ses pâturages en train d’être transformés en voie d’accès potentielle pour des colons. Ces opérations ont souvent lieu sans notification préalable, laissant les familles dans l’incertitude et l’impuissance.
Augmentation des ordres de confiscation depuis octobre 2023
Depuis octobre 2023, la fréquence des ordres de confiscation dans la zone C s’est accrue. En 2025, 5 572 dounams ont été saisis via 94 ordonnances militaires, tandis que 16 733 dounams déjà confisqués ont été affectés au pâturage des colons. Sur la période d’octobre 2023 à octobre 2025, des mesures administratives et légales ont abouti à la perte de quelque 55 000 dounams, dont près de 20 000 dounams liés à des redéfinitions des limites de réserves naturelles et 26 000 dounams déclarés terres domaniales à travers plusieurs décisions. Par ailleurs, 1 756 dounams ont été ciblés dans 108 ordonnances à des fins militaires, pour créer tours, routes de sécurité et zones tampons.
Communautés bédouines expulsées après attaques en février 2026
La confiscation n’est pas seulement foncière : elle prend aussi la forme d’expulsions forcées. En février 2026, des attaques répétées de colons ont poussé une communauté bédouine d’al‑Mughayyir à partir. Le 21 février 2026, des violences intermittentes ont visé hommes, femmes et enfants ; des familles ont été blessées et certaines habitations détruites ou vandalisées. Les habitants, qui ont tenté de résister, ont ensuite constaté le pillage de leurs maisons. Ces épisodes ont forcé des dizaines à quitter leurs lieux de vie vers des villages voisins. Entre janvier 2023 et mi‑février 2026, au moins 4 765 personnes ont été déplacées de 97 sites en raison de violences, selon les comptages disponibles, et des villages entiers ont été vidés ou fragmentés.
Nouveaux outils juridiques et pratiques facilitent les saisies foncières
Parallèlement aux opérations sur le terrain, des modifications administratives et juridiques rendent l’acquisition et la saisie de terres plus aisées pour des acteurs privés. Des clôtures et d’autres barrières ont privé des communautés d’accès à des pâturages et à des terres agricoles, notamment dans la vallée du Jourdain. Des changements réglementaires ont été utilisés pour lever des protections et faciliter l’achat ou l’allocation de parcelles par des associations d’implantation. Ces dispositifs renforcent les dynamiques de fragmentation territoriale et compliquent le retour à une continuité foncière pour les propriétaires.
La multiplication des confiscations, des bulldozers en action et des expulsions s’inscrit dans un contexte où les familles palestiniennes voient leur lien à la terre mis en péril. Les oliviers abattus par leurs propres cultivateurs, les parcelles soudainement inacessibles et les communautés déplacées témoignent d’un phénomène qui affecte à la fois le quotidien économique et le patrimoine symbolique des populations locales.