Kenya 298 pétitionnaires de Marsabit poursuivent BP pour déchets pétroliers et cancers
298 habitants de Marsabit attaquent BP et l’État kenyan pour déchets pétroliers et hausse de cancers à Kargi
Au Kenya, 298 pétitionnaires originaires de villages isolés du comté de Marsabit ont engagé une action judiciaire contre BP et le gouvernement kenyan, affirmant que des déchets laissés lors d’opérations pétrolières des années 1980 sont liés à une augmentation massive de cancers et à la contamination des ressources en eau.
Contexte de la plainte et demande devant le tribunal d’Isiolo
Les 298 pétitionnaires ont saisi le tribunal de l’environnement et du foncier d’Isiolo, demandant une évaluation environnementale complète, l’accès à l’eau potable et des compensations pour les familles touchées et les pertes de bétail. Ils accusent BP — héritière d’Amoco, la compagnie qui a foré dans la région entre 1986 et 1989 — et l’État de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour prévenir ou réparer les dommages environnementaux allégués.
Témoignages depuis Kargi et effets sur les familles
À Kargi, village du désert de Chalbi, les témoins décrivent une hausse régulière des maladies et des décès. Maisan Chamuset, 74 ans, vit avec un cancer de la gorge diagnostiqué il y a six ans et communique aujourd’hui par un tube inséré dans sa trachée. Sa femme est morte d’un cancer de l’estomac en 2018. Les résidents rapportent que plus de 500 personnes seraient décédées de cancers gastro-intestinaux et que l’accès aux soins demeure limité, aggravant la mortalité.
Vestiges des sites d’exploration d’Amoco et pratiques de déversement
Sur les anciens sites de forage, des vestiges matériels subsistent : tuyaux rouillés estampillés « Amoco Kenya » et traces d’une poudre blanche sur le sol. Des habitants racontent avoir confondu ce résidu avec du sel et l’avoir utilisé pour l’alimentation. Des travailleurs de l’époque décrivent des fosses creusées pour y déposer divers déchets, selon les récits locaux. En 2002, un incident a entraîné la mort de milliers de têtes de bétail après la consommation d’eau d’un forage ; les autorités ont bouclé la zone et prélevé des échantillons, sans que les conclusions aient été communiquées aux communautés locales.
Résultats d’analyses et état des connaissances médicales
Des tests indépendants récents indiquent une possible contamination des sources d’eau par des métaux lourds. Toutefois, les chercheurs n’ont pas encore établi de lien de causalité définitif entre cette contamination et l’augmentation des cancers, en grande partie faute d’études épidémiologiques longitudinales suffisantes. Les dossiers médicaux locaux montrent néanmoins des taux inhabituels de cancers, notamment de la gorge et de l’estomac, signalés dès le début des années 2000. Le seul centre de santé qui desservait la zone n’est actuellement pas opérationnel, limitant la collecte de données et l’accès aux traitements.
Aspects juridiques et demandes de réparation
L’action en justice vise à obtenir des réparations, des évaluations environnementales indépendantes et des mesures immédiates pour l’accès à l’eau potable. L’avocat représentant les pétitionnaires qualifie la situation de « génocide environnemental » au regard du nombre de morts alléguées. BP n’a pas répondu publiquement aux allégations, tandis que son équipe juridique a comparu devant le tribunal. Les représentants de la communauté et les défenseurs des droits humains estiment que la reconnaissance et la réparation sont des étapes indispensables pour arrêter la détérioration de la santé publique locale.
Les victimes et leurs familles demandent des enquêtes transparentes et des actions concrètes : nettoyage des sites contaminés, surveillance de la qualité de l’eau, prise en charge médicale locale et indemnisation pour les pertes humaines et économiques. Les autorités locales appellent à une coordination entre experts environnementaux, autorités sanitaires et la justice pour déterminer des responsabilités et définir des mesures d’urgence.
La procédure judiciaire pourrait durer plusieurs années. En attendant, les habitants de Kargi continuent de signaler de nouveaux cas de cancer et de subir les conséquences sanitaires et sociales de la contamination présumée, tandis que la question de l’accès aux soins et à l’eau potable reste au centre des préoccupations.