Kenya commémore les manifestations de la Génération Z après plus de 120 morts
Kenya : la « Génération Z » commémore le deuxième anniversaire des manifestations entre deuil, tensions et déploiement policier
Au Kenya, la Génération Z commémore le deuxième anniversaire des manifestations le 25 juin 2026, entre deuil, répression policière et demandes de justice.
Depuis l’éclatement des grandes protestations en 2024, des milliers de Kenyans se préparent à une nouvelle journée de mobilisation le 25 juin 2026, date retenue pour la commémoration du soulèvement connu sous le nom de « Génération Z ». Ce mouvement, né d’une contestation contre une loi de finances controversée en 2024, a donné lieu à des confrontations répétées avec les forces de l’ordre, à un bilan humain lourd et à une fragmentation profonde du débat politique national. Le gouvernement a mis en garde contre toute perturbation et a ordonné un déploiement policier conséquent, tandis que familles de victimes, organisations religieuses et responsables de l’opposition appellent à la mémoire et à la justice.
Rassemblements prévus le 25 juin 2026
Les commémorations sont organisées dans plusieurs villes, avec des marches programmées vers des bâtiments gouvernementaux à Nairobi et des veillées dans tout le pays. Les autorités ont annoncé un dispositif sécuritaire renforcé pour empêcher les débordements, et le président William Ruto a demandé aux citoyens de poursuivre leurs activités quotidiennes. Les organisateurs appellent, pour leur part, à des actions diverses : marches, services commémoratifs et journées de silence, y compris des appels à rester chez soi pour symboliser la solidarité.
Origine du mouvement et escalade de 2024
Le mouvement a émergé en 2024 en réaction à un projet de loi de finances destiné à lever environ 2,7 milliards de dollars. Les manifestations, largement organisées de manière décentralisée via les réseaux sociaux et portées par une génération née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, ont culminé le 25 juin 2024 lorsque des manifestants ont pris d’assaut le Parlement et y ont commis des destructions. Face à la pression populaire, le président Ruto a renvoyé le texte au Parlement pour amendements, mais les revendications profondes liées au coût de la vie, au chômage et à la corruption sont restées sans réponse complète.
Violences, bilan et dates clés (2024–2025)
Les années suivantes ont été marquées par des tensions et des épisodes de répression. Une commémoration du premier anniversaire, en juin 2025, a dégénéré et des confrontations avec les forces de l’ordre ont fait plus de 60 morts selon les comptes rendus publics. Globalement, plus de 120 personnes ont été tuées au cours des deux premières années du mouvement, et plusieurs centaines de manifestants ont été blessés. La mort en détention d’un blogueur a ravivé la colère publique et relancé la mobilisation contre la brutalité policière et l’impunité.
Mesures gouvernementales et déploiement sécuritaire
Le gouvernement a répété à plusieurs reprises ses mises en garde contre les manifestations et a qualifié certaines critiques de « propagande ». Lors d’une allocution le 19 juin 2026, le président Ruto a appelé les Kenyans à éviter la violence et à préserver la productivité nationale, insistant sur le droit des enfants d’aller à l’école et des travailleurs d’aller au travail. Les autorités ont cependant confirmé un important dispositif policier pour la journée de commémoration, évoquant la nécessité de protéger les bâtiments publics et la sécurité des citoyens.
Indemnisation annoncée et contestations sur la justice
Face aux critiques sur l’absence de responsabilisation, le gouvernement a annoncé un fonds d’indemnisation d’environ 15 millions de dollars destiné à indemniser 1 100 personnes affectées par des violences survenues entre 2017 et 2025. Cette démarche est présentée comme une reconnaissance des préjudices subis, mais elle suscite la colère de familles qui estiment qu’une compensation financière ne remplace pas une enquête indépendante et des poursuites contre les responsables. À ce jour, seuls quelques dossiers liés aux manifestations ont été portés devant la justice et aucune condamnation d’officiers n’a été signalée publiquement, selon les procédures judiciaires en cours.
Mobilisation, acteurs religieux et appel de l’opposition
Les appels à la commémoration proviennent aussi bien d’organisations religieuses que de responsables politiques d’opposition. Des cérémonies religieuses ont rassemblé des familles de victimes qui demandent « que la voix des disparus soit entendue ». Des dirigeants locaux ont exhorté la population à manifester pacifiquement ou à témoigner par des journées de silence, tandis que des voix de l’opposition ont appelé à des marches vers les institutions gouvernementales. La nature décentralisée du mouvement, sans leadership unique, rend toutefois difficile l’anticipation précise de l’ampleur des rassemblements.
La journée du 25 juin 2026 s’annonce cruciale pour le Kenya : elle testera la capacité des autorités à concilier sécurité et respect des droits civiques, et mesurera la persistance d’un mouvement jeune qui a redéfini l’espace public politique du pays. Les prochains jours permettront d’évaluer si la commémoration restera pacifique ou si elle ravivera de nouvelles tensions autour des mêmes revendications sociales et démocratiques qui ont déclenché les protestations depuis 2024.