Laïla Meziane rétablit le rôle de l’Atlantique dans l’histoire maritime du Maroc
Laïla Meziane remet l’Atlantique au cœur de l’histoire du Maroc
Laïla Meziane réhabilite l’Atlantique dans l’histoire du Maroc: un ouvrage qui réexamine millénaires de liens maritimes. Présenté à Casablanca le 17 avril 2026.
Le nouveau livre de Laïla Meziane, Quand l’Atlantique raconte l’histoire du Maroc, propose une réévaluation de la place de l’océan dans la formation politique, économique et culturelle du pays. Présenté le 17 avril 2026 à la Fondation de la Mosquée Hassan II dans le cadre des Journées du patrimoine de Casablanca, l’ouvrage, coédité par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger et Maha Édition, entend corriger une idée reçue persistante: le Maroc aurait tourné le dos à la mer. À travers archives, cartographies et données archéologiques, la doyenne de la Faculté des lettres et sciences humaines Ben M’sik replace l’Atlantique comme acteur central de l’histoire marocaine.
Présentation publique et objectifs de l’ouvrage
Lors de la présentation casablancaise, Laïla Meziane a insisté sur l’importance de rendre visible une mémoire maritime trop souvent occultée. Le livre vise à retracer la continuité des relations entre le territoire marocain et l’Atlantique, depuis les premières traces d’occupation humaine jusqu’aux dynasties médiévales qui ont fait du littoral un espace stratégique. L’événement a réuni universitaires, représentants institutionnels et spécialistes du patrimoine, qui ont souligné le rôle pédagogique d’une telle publication pour le grand public.
Preuves archéologiques et longévité des échanges maritimes
Les recherches récentes menées par l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP) alimentent le propos de l’historienne. Des fouilles près d’Essaouira ont mis au jour des parures coquillières attribuées à des périodes anciennes, attestant d’interactions humaines avec le milieu marin dès la préhistoire. Meziane rappelle aussi l’arrivée des Phéniciens vers 800 av. J.-C. sur la façade atlantique et la vitalité des échanges qui en ont découlé, signes d’une intégration précoce aux réseaux méditerranéens et atlantiques.
Empires et marines: l’expérience romaine et almohade
Le livre retrace ensuite la succession des puissances qui ont modelé la côte marocaine. Des postes carthaginois aux structures romaines comme Volubilis, l’Antiquité illustre l’ancrage de la région dans les routes commerciales. Au Moyen Âge, l’ampleur maritime des dynasties maghrébines est mise en lumière: l’Empire almohade disposait, selon les travaux repris par Meziane, d’une flotte conséquente et d’une capacité de projection qui a contribué à faire du littoral un espace de puissance et de circulation, analogue à une “connexion continue” entre rivages opposés.
Ports historiques et continuités géographiques
La relation entre places portuaires rivales et complémentaires est un fil conducteur du récit. Tangier et Tarifa, par exemple, sont évoquées comme des points de face-à-face maritime qui ont facilité échanges, migrations et transferts culturels. L’auteure utilise cartes anciennes pour montrer comment les trajectoires portuaires ont évolué sans rupture radicale, traduisant une adaptation continue aux dynamiques économiques et géopolitiques régionales.
Implications contemporaines pour le patrimoine et l’identité
Au-delà de l’histoire, Meziane interroge les enjeux actuels: réappropriation du patrimoine maritime, valorisation touristique durable et intégration des connaissances archéologiques dans les politiques culturelles. L’ouvrage appelle à remettre la mer au centre des narratifs nationaux, non seulement comme décor mais comme moteur d’histoire et de développement. Cette perspective rejoint des préoccupations contemporaines sur la gestion du littoral et la transmission d’une mémoire plurielle.
La publication de Quand l’Atlantique raconte l’histoire du Maroc s’inscrit donc dans une démarche de reconnaissance scientifique et civique: reconnaître la profondeur des liens maritimes du pays, réaffirmer le rôle des côtes dans la construction des sociétés marocaines et proposer des pistes pour inscrire ce patrimoine dans les politiques publiques et l’enseignement.