L’ascension du Toubkal vue par le journal The Guardian
En remontant le sentier escarpé depuis Imlil, le sifflement du vent de montagne se mélange désormais au rugissement des bétonnières. Ici, à l’ombre des sommets de l’Atlas, la reconstruction après le séisme de 2023 bat son plein. Pour Hussein, guide local depuis toujours, ce dynamisme reflète une profonde métamorphose de l’économie locale. Autrefois dépendante de la culture d’aliments et de noix, la vallée s’est tournée vers le tourisme et l’arboriculture commerciale. “La plupart des gens ici travaillent désormais dans le tourisme”, explique-t-il avec pragmatisme au journal The Guardian, soulignant qu’un pays où la moitié de la population a moins de 30 ans accepte le changement sans la nostalgie qui retient parfois les générations plus âgées.
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Le chemin menant au sommet, culminant à 4 167 mètres, traverse des lieux pleins de spiritualité et de paradoxes, comme le sanctuaire de Sidi Chamharouch. Entre deux dégustations d’amlou — ce mélange énergique d’amandes et d’huile d’argan — le randonneur découvre la franchise vivifiante des Berbères, toujours prêts à plaisanter sur leurs propres légendes. Cette authenticité se retrouve également à la Kasbah du Toubkal, une citadelle en ruine transformée en boutique-hôtel par les frères McHugo. Ce havre de paix n’offre pas seulement le confort d’un hammam après l’effort ; il finance activement l’éducation des filles dans les villages isolés, prouvant que la croissance du tourisme peut servir de levier social pour la région.
L’assaut final débute dans l’obscurité de 4 heures du matin, sous une file indienne de lampes frontales serpentant vers les sommets. Le Toubkal est aujourd’hui une destination prisée des réseaux sociaux, attirant des foules denses au refuge des Mouflons. Si l’ascension n’est pas technique, elle reste une épreuve d’endurance face au froid et à l’altitude. Pour ceux qui recherchent la solitude, les sommets voisins comme Ouanoukrim offrent un calme absolu, quelques mètres plus bas. Cette dualité entre le sommet « Instagram » et les crêtes désertes définit le nouveau visage de l’alpinisme marocain.
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La descente offre une rencontre passionnante avec l’histoire sur le col de Tibhirine. À 3 900 mètres d’altitude, un moteur d’avion repose dans la roche, vestige tragique d’un vaisseau spatial Lockheed qui s’est écrasé en 1969 alors qu’il transportait de l’aide humanitaire au Biafra. Ce fragment de l’histoire africaine, figé dans les décors minéraux de l’Atlas, rappelle la rudesse de ces sommets. De retour à la Kasbah, entre piscine et chauffage au sol, le promeneur se rend compte que si le paysage reste éternel, la vie dans la vallée a irrémédiablement changé, transformant une promenade sportive en une immersion dans un Maroc résolument moderne.