Le pape à Bamenda exige un cap décisif pour la paix au Cameroun
Le pape Léon XIV appelle à un « changement de cap » à Bamenda pour mettre fin au conflit anglophone
Au Cameroun, le pape Léon XIV appelle à un « changement de cap » contre la guerre et l’exploitation lors d’une visite à Bamenda pour la paix et l’unité.
Le 16 avril 2026, le pape Léon XIV a prononcé un discours fort à Bamenda, dans l’ouest du Cameroun, appelant à un « changement de cap décisif » loin des conflits armés et de l’exploitation des populations et des ressources. Accueilli par des foules manifestant leur espoir, le souverain pontife a mis en garde contre les manipulations religieuses des conflits et a célébré les efforts interconfessionnels visant à soigner les victimes et relancer le dialogue dans une région marquée par près d’une décennie de violences.
Appel à la paix à Bamenda
Le pape a insisté sur la nécessité d’écarter la religion des logiques de guerre et de profit. Dans un message adressé aux fidèles rassemblés devant la cathédrale Saint-Joseph, il a salué les artisans de paix locaux et condamné ceux qui « manipulent la religion et le nom même de Dieu pour leur propre gain militaire, économique et politique ». Sa présence visait à braquer les projecteurs internationaux sur un conflit souvent qualifié de l’une des crises les plus négligées au monde.
Rencontre interconfessionnelle à la cathédrale Saint-Joseph
Au cours d’une réunion organisée sur un terrain offert par les Mankon, le pape a présidé une table rassemblant un chef traditionnel mankon, un modérateur presbytérien, un imam et une religieuse catholique. Cette initiative a mis en lumière le mouvement interconfessionnel qui cherche à promouvoir la réconciliation et l’assistance aux populations touchées. Les participants ont souligné la nécessité d’une action conjointe pour protéger les civils et favoriser des conditions propices à un retour progressif à la vie normale.
Contexte historique et bilan humain
Le conflit opposant les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest au reste du Cameroun remonte à des tensions historiques issues du partage colonial et d’une perception de marginalisation politique et économique. Depuis le déclenchement de la rébellion en 2017, les violences ont fait plus de 6 000 morts et entraîné le déplacement de plus de 600 000 personnes, laissant des communautés entières vulnérables et fragilisées. Malgré une baisse relative des attaques meurtrières ces dernières années, les pourparlers de paix peinent à avancer et les deux camps s’accusent mutuellement de mauvaise foi.
Accusations de financements étrangers et mesures judiciaires
Les autorités camerounaises et plusieurs pays étrangers ont signalé l’existence de réseaux de soutien transnational au mouvement séparatiste. L’année passée, un jury fédéral américain a reconnu coupables deux personnes pour complot visant à fournir fonds et matériel aux combattants séparatistes. En mars, la Belgique a annoncé des arrestations liées à des enquêtes sur des collectes de fonds supposément organisées par des résidents belges en faveur des dirigeants séparatistes. Le pape a lié ces flux financiers à la prolongation des hostilités en affirmant que les profits tirés des ressources alimentent l’achat d’armes et la déstabilisation.
Ressources naturelles et enjeux économiques
Le Cameroun possède d’importantes réserves de pétrole, gaz naturel, métaux et minéraux — pétrole, cobalt, bauxite, fer, or et diamants — qui constituent un enjeu économique majeur. Le pape a dénoncé l’exploitation prédatrice des terres et des ressources au bénéfice d’intérêts militaires ou économiques étrangers. Il a averti que la privation des bénéfices nationaux alimente un cycle de pauvreté et de violence, et a appelé à une gestion plus équitable et transparente des richesses naturelles pour soutenir la reconstruction et le développement local.
Avant l’arrivée du souverain pontife, les combattants séparatistes avaient annoncé une trêve de trois jours pour garantir la sécurité de sa visite, signalant une volonté de retenue symbolique dans un contexte toujours volatile. Des responsables locaux et des représentants d’organisations humanitaires ont rappelé que la visibilité apportée par la visite peut offrir une opportunité rare de relancer des initiatives de paix, mais que des engagements politiques concrets et des mécanismes de réparation sont nécessaires pour transformer cet élan en progrès durable.
La visite du pape à Bamenda met au centre l’urgence d’une réponse globale: protection des civils, dialogue politique soutenu, lutte contre les financements illicites et gouvernance des ressources. Sans transformations structurelles, les risques de nouvelle détérioration demeurent élevés et la population restera prise entre violences armées et misère prolongée.