Leïla Benali à l’EPFL : le Maroc vise 50% d’énergies renouvelables avant 2030
Leïla Benali détaille la stratégie marocaine de transition énergétique lors d’une conférence à l’EPFL
À l’EPFL, Leïla Benali détaille la stratégie marocaine de transition énergétique, le lien avec l’IA, les réformes depuis 2021 et les objectifs à l’horizon 2030.
La ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leïla Benali, a présenté vendredi soir à l’École polytechnique fédérale de Lausanne une synthèse des enjeux énergétiques et climatiques, devant un public composé d’étudiants, d’enseignants et de représentants institutionnels. Invitée par l’Association des Polytechniciens marocains de Lausanne et le Model United Nations de l’EPFL, elle a insisté sur la portée politique et sociale de la transition énergétique et sur la nécessité de maintenir le rythme des réformes engagées au Maroc depuis 2021.
Intervention à l’EPFL : enjeux et message principal
La ministre a encadré la transition énergétique comme une recomposition profonde des chaînes de valeur, des rapports de force géostratégiques et du contrat social entre États et citoyens. Elle a précisé que ces transformations dépassent la simple substitution technologique et exigent des ajustements institutionnels, des investissements soutenus et une mobilisation citoyenne élargie. Son intervention visait à transmettre une vision stratégique et à stimuler le débat académique sur les outils nécessaires pour gérer ces mutations.
Transition énergétique et intelligence artificielle : interdépendances croissantes
Un point central de son discours a été le lien entre transition énergétique et intelligence artificielle. Benali a expliqué que l’adoption massive de technologies numériques modifie la demande électrique, les architectures réseau et les besoins en matières premières critiques. L’intelligence artificielle, a-t-elle souligné, est à la fois un vecteur d’efficacité et un facteur de complexité : elle permet d’optimiser la gestion des infrastructures mais augmente la dépendance à des ressources rares et à des chaînes d’approvisionnement mondialisées.
Bilan des réformes marocaines depuis 2021 et objectifs 2030
Sur le plan national, la ministre a présenté un bilan des politiques lancées depuis 2021. Elle a mis en avant une accélération des autorisations et des investissements : près de 3 gigawatts d’autorisations en énergies renouvelables auraient été délivrés en l’espace de trois mois cette année, tandis que le rythme des investissements dans le secteur aurait été multiplié par trois et celui consacré aux réseaux électriques par cinq. À ce rythme, le Maroc est en voie d’atteindre, avant 2030, l’objectif fixé pour la part des capacités installées en énergies renouvelables, fixé à 50 %.
Efficacité énergétique, autoproduction et réforme législative
La conférence a souligné les progrès en matière d’efficacité énergétique et de développement de l’autoproduction. Ces leviers ont été présentés comme des composantes d’une “démocratie énergétique” visant à donner davantage de marge de manœuvre aux consommateurs et collectivités. Benali a rappelé que la crise énergétique de 2023 a accéléré la mise en place de réformes législatives destinées à faciliter l’autoproduction et à renforcer les mécanismes d’incitation et de régulation du secteur.
Appel à l’engagement des étudiants et défi de la continuité des réformes
S’adressant principalement aux jeunes présents, la ministre a lancé un appel à l’engagement : elle a invité les étudiants à rejoindre cette “aventure humaine” en apportant rigueur scientifique et ouverture internationale. Elle a aussi mis en garde contre le principal défi identifié : assurer la continuité des réformes sur le long terme. Sans stabilité politique et institutionnelle, a-t-elle averti, les gains obtenus pourraient être remis en question, et la capacité du pays à respecter ses objectifs climatiques et énergétiques compromise.
Débat sur la géopolitique de l’énergie : le cas du détroit d’Ormuz
La séance a été suivie d’un débat nourri, notamment autour des répercussions d’un éventuel blocage du détroit d’Ormuz sur les marchés énergétiques mondiaux. Les intervenants ont discuté des risques de perturbation des flux pétroliers, des conséquences sur les prix et des implications pour la sécurité des approvisionnements. La discussion a également porté sur la nécessité de diversification des sources d’énergie et sur le rôle des infrastructures résilientes pour atténuer ces risques.
La conférence à l’EPFL a offert une mise au point stratégique sur la trajectoire énergétique du Maroc, en articulant réalisations techniques, transformations socio-politiques et impératifs géopolitiques, tout en appelant à un engagement soutenu des nouveaux acteurs universitaires et professionnels.