Les Marocains résidant à l’étranger obtiennent une procuration électorale numérique, mais restent exclus du vote direct
Des progrès numériques pour les Marocains résidant à l’étranger, mais pas de vote direct
À partir du 24 août, les Marocains résidant à l’étranger (MRE) pourront établir leur procuration électorale en ligne, comme l’a annoncé l’ambassade du Maroc à Pékin le 6 août. Cette initiative vise à faciliter l’inscription au vote, mais soulève des préoccupations quant au manque de possibilité de vote direct.
Une démarche simplifiée, mais des limitations persistent
La nouvelle procédure permet aux MRE de remplir et de soumettre leur procuration sans se déplacer. En renseignant quelques informations personnelles et celles du mandataire désigné au Maroc, les électeurs peuvent télécharger et transmettre leur procuration électroniquement. Cependant, malgré cette avancée administrative, le vote pour les MRE reste indirect. Ceux qui résident en Europe, par exemple, ne pourront pas voter directement dans leur consulat ; ils devront désigner un représentant au Maroc pour voter à leur place.
Impact économique des Marocains de l’étranger
La situation des MRE est d’autant plus complexe compte tenu de leur contribution significative à l’économie marocaine. Selon l’Office des Changes, les transferts d’argent des MRE ont atteint 122 milliards de dirhams en 2025, marquant une augmentation par rapport à l’année précédente. Ces transferts continuent d’affluer, avec plus de 50,2 milliards de dirhams envoyés à la fin mai 2026. De plus, la présence de la diaspora est flagrante lors des périodes de retour au Maroc, avec plus de 4,06 millions de MRE ayant visité le pays pendant l’opération Marhaba 2025.
Comparaison avec d’autres pays régionaux
La difficulté de vote des MRE soulève des interrogations, surtout en comparaison avec les pratiques d’autres pays de la région. Lors de l’élection présidentielle algérienne de septembre 2024, près de 866 000 électeurs vivant à l’étranger ont pu voter dans 117 bureaux de vote. La Tunisie a également adopté une approche similaire pour sa présidentielle d’octobre 2024, permettant aux électeurs de voter dans le bureau le plus proche à l’étranger. Ces exemples démontrent qu’il est possible d’organiser le vote direct pour les citoyens vivant à l’étranger.
Un droit politique àrevendiquer
En vertu de l’article 72 de la loi organique relative à la Chambre des représentants, les MRE sont maintenus dans un système de vote par procuration. La récente digitalisation de ce processus ne change rien aux règles de base et laisse les MRE dans une situation d’inégalité par rapport à d’autres électeurs. La procédure actuelle réserverait aux citoyens marocains la possibilité d’exprimer leur voix uniquement par l’intermédiaire d’un mandataire, ce qui affaiblit la participation électorale réelle.
Un enjeu démocratique considérable
Voter n’est pas simplement une question de désignation d’un représentant ; c’est un droit fondamental qui doit être exercé directement par l’électeur. Les MRE, qui contribuent substantiellement à l’économie marocaine à travers leurs transferts d’argent et leurs investissements, devraient avoir accès à des bureaux de vote dans les consulats et ambassades. Le manque d’urnes lors des élections témoigne d’une volonté insuffisante d’inclure les Marocains de l’étranger dans le processus démocratique.
Appel à un changement réel
La mise en place d’une plateforme électronique pour établir des procurations peut représenter un progrès. Cependant, elle ne doit pas se substituer à une réelle politique de participation électorale. À l’approche des élections de 2026, la nécessité d’une évolution est claire. Le Maroc doit choisir entre un engagement sincère envers sa diaspora ou continuer d’ignorer les droits politiques de millions de citoyens.
Les MRE ne demandent pas une procuration numérique améliorée, mais des urnes pour exercer leur droit de vote.