L’Université du Cap perd 250 millions de rands après ses résolutions sur Gaza
L’Université du Cap perd 250 millions de rands après des retraits de dons liés aux résolutions sur Gaza
L’Université du Cap a perdu 250 millions de rands après le retrait de donateurs suite à deux résolutions sur Gaza, mettant en péril les bourses et l’inscription d’étudiants vulnérables.
L’Université du Cap (UCT) a annoncé la perte de 250 millions de rands de financement après l’adoption de deux résolutions liées au conflit israélo-palestinien. Le vice-chancelier Mosa Moshabela a déclaré au Parlement en juin que la Fondation Donald Gordon avait retiré le solde d’un engagement de 200 millions de rands sur dix ans destiné à un institut de neurosciences. D’autres bienfaiteurs ont gelé environ 50 millions de rands supplémentaires, dont 15 millions par an alloués aux bourses, déclenchant une crise financière aux conséquences immédiates pour les étudiants les plus modestes.
Montant des retraits et conséquences budgétaires
La Fondation Donald Gordon a annulé le reste d’un don majeur de 200 millions ZAR, tandis que d’autres donateurs ont retenu près de 50 millions ZAR supplémentaires. Ces retraits viennent s’ajouter à un endettement étudiant important : la dette globale des étudiants de l’UCT dépassait 1 milliard de rands en décembre 2025, et environ 1 400 étudiants faisaient toujours face à des suspensions d’inscription en février 2026. La réduction des bourses pèse particulièrement sur les étudiants noirs et issus de familles privées d’avoirs en raison du legs du colonialisme et de l’apartheid.
Contenu des résolutions adoptées par l’Université
Les deux résolutions en cause demandaient notamment un cessez-le-feu, une aide humanitaire, la libération des captifs et la reconstruction du système éducatif de Gaza. La seconde résolution proposait de restreindre les collaborations universitaires avec des réseaux de recherche liés, de façon large, à l’appareil militaire israélien. L’UCT a précisé que ces mesures ne visaient pas les universitaires en raison de leur identité et qu’aucune restriction systématique sur la recherche militaire n’avait été mise en œuvre.
Désaccord autour de la définition de l’antisémitisme
Le différend a aussi porté sur la définition de l’antisémitisme. La Fondation Donald Gordon avait conditionné son soutien à l’adoption de la définition publiée par l’IHRA en 2016, dont plusieurs exemples concernent Israël et peuvent, selon certains universitaires, confondre critique politique et haine raciale. L’UCT a choisi d’adopter la Déclaration de Jérusalem de 2021, qui condamne l’antisémitisme tout en protégeant la critique d’États et la défense des droits des Palestiniens. Ce choix a cristallisé le conflit entre exigences idéologiques des donateurs et autonomie académique de l’université.
Héritage de l’apartheid et pouvoir des donateurs
Les retraits mobilisent un débat plus large sur l’origine des fortunes philanthropiques et leur influence. La fortune liée à Donald Gordon s’est constituée dans une économie façonnée par l’apartheid et l’expansion de Liberty Life depuis 1957. Les inégalités persistantes sont mises en relief par des données historiques : en 1970, le revenu par habitant des Africains représentait moins de 7 % de celui des Blancs; en 1995, le revenu blanc restait plusieurs fois supérieur à celui des Africains et la propriété foncière commerciale était massivement concentrée. Une étude de 2024 citée par des observateurs montre un écart important en termes d’avoirs hérités entre adultes blancs et noirs. Ces éléments expliquent pourquoi la suspension de fonds a un impact disproportionné sur les étudiants pauvres et noirs.
Situation à Gaza et argument humanitaire invoqué par l’UCT
L’UCT a motivé ses résolutions par la situation humanitaire et l’ampleur des destructions en Palestine. Selon des bilans cités par l’université, près d’avril 2026 une très large part des bâtiments scolaires de Gaza avait été endommagée et des centaines d’établissements scolaires et universitaires étaient en ruines. Une commission d’enquête des Nations unies avait par ailleurs rendu en septembre 2025 un constat lourd sur les actes commis dans la bande de Gaza. L’université a évoqué la responsabilité morale des institutions académiques face à la destruction de l’éducation et au risque de « scolasticide » prolongé.
Propositions pour protéger les étudiants et l’indépendance académique
Face à la contraction de certains financements, des voix appellent l’UCT à créer des fonds de remplacement pour chaque bourse menacée et à mobiliser anciens élèves, syndicats, entreprises et fondations sans conditions idéologiques. D’autres propositions incluent la publication transparente des exigences attachées aux dons majeurs, la constitution d’un fonds de défense commun entre universités sud-africaines et l’intervention gouvernementale pour garantir les bourses lorsque des donateurs cherchent à dicter des positions politiques. Ces mesures visent à réduire le pouvoir d’un bienfaiteur unique de pénaliser des cohortes d’étudiants pour des décisions institutionnelles.
L’affaire met en lumière le dilemme entre dépendance financière et autonomie académique : l’UCT a enregistré une hausse globale des fonds donnés depuis 2024 malgré la diminution du nombre de donateurs, mais la nature et les conditions des contributions restent déterminantes pour la capacité de l’université à protéger ses étudiants et à maintenir son rôle critique sur les questions internationales. Les choix à venir des autorités universitaires et publiques détermineront si l’impact financier se traduira par des pertes durables d’accès à l’enseignement supérieur pour les plus fragiles.