Maroc en tête de l’indice d’industrialisation de l’Afrique 2025 selon la BAD
Le Maroc détrône l’Afrique du Sud et devient la première économie industrielle du continent
Le Maroc se hisse en tête de l’indice d’industrialisation africain (0,8415) dans un rapport publié le 28 mai 2026, surpassant l’Afrique du Sud et soulignant progrès et défis industriels.
Le Maroc prend la tête du classement continental
Le Maroc est classé premier dans l’indice d’industrialisation africain 2025 avec un score de 0,8415, marquant la première fois qu’il occupe la tête du classement. Il devance de peu l’Afrique du Sud, qui arrive deuxième avec 0,8396. Ce basculement met fin à une période de domination sud-africaine qui avait commencé en 2010. Le changement reflète, selon les données publiées le 28 mai 2026, une modernisation soutenue de l’appareil industriel marocain, une diversification des exportations et l’application de politiques industrielles plus ciblées.
Performances et positions des principaux pays
Derrière le duo Maroc–Afrique du Sud se trouvent l’Égypte (0,7827) et la Tunisie (0,7760), formant un quatuor aux écarts significatifs avec le reste du continent. Maurice se classe cinquième, suivie de l’Algérie (sixième, 0,6661), puis de l’Eswatini, du Sénégal, de la Namibie et de la Côte d’Ivoire complétant le top 10. La région d’Afrique du Nord reste la plus industrialisée en 2024 avec un score régional de 0,6891, devant l’Afrique australe (0,5850). La plupart des pays nord-africains dépassent la moyenne continentale, à l’exception de la Libye et de la Mauritanie.
Évolution des scores depuis 2010
L’analyse temporelle montre des évolutions contrastées. L’Afrique a vu son score moyen d’industrialisation passer de 0,5134 en 2010 à 0,5445 en 2024, soit une progression d’environ 6 %. Quarante et un des 54 pays africains ont amélioré leur score entre 2010 et 2024, mais seulement 24 ont gagné des positions dans le classement, et cinq pays sont restés à la même place. L’Afrique du Sud illustre une tendance de recul relatif : son score industriel est passé de 0,8819 en 2010 à 0,8396 en 2024, signe d’une perte de compétitivité industrielle au fil de la décennie.
Production manufacturière et parts de marché mondiales
La valeur ajoutée manufacturière (VAM) du continent est passée de 285 milliards de dollars en 2020 à 351 milliards de dollars en 2025. Malgré cette progression, l’Afrique représente toujours moins de 2 % de la production manufacturière mondiale et seulement 1,4 % des exportations mondiales de produits manufacturés. La VAM par habitant a atteint 226,7 dollars en 2025, en-dessous du pic de 254,9 dollars enregistré en 2014, ce qui souligne un déficit persistant en intensité manufacturière par tête.
Obstacles à l’intégration régionale et au développement industriel
La faible intégration régionale est pointée comme un frein majeur à l’industrialisation. Le commerce intra-africain ne représentait que 14,4 % du commerce total du continent entre 2022 et 2024, contre 60 % en Asie et 57 % en Europe. Les barrières non tarifaires, la faiblesse des infrastructures, l’hétérogénéité des normes techniques et réglementaires et l’insuffisance des chaînes de valeur régionales limitent la capacité des entreprises africaines à étendre la production au-delà des marchés nationaux.
Potentiel de la ZLECAf et projections économiques
Le rapport souligne que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait jouer un rôle déterminant si les États passent d’une intégration centrée sur le commerce à une intégration axée sur la production. Une mise en œuvre efficace de la ZLECAf est estimée pouvoir accroître les revenus africains d’environ 7 % d’ici 2035 et générer jusqu’à 450 milliards de dollars de valeur ajoutée supplémentaire. Les projections indiquent également des hausses potentielles du commerce intra-africain d’ici 2045 : +60 % pour les produits agricoles et alimentaires, +48 % pour le secteur manufacturier et +34 % pour les services.
Implications pour les politiques publiques et les entreprises
Le nouveau classement met en lumière des priorités claires pour renforcer l’industrialisation : améliorer les infrastructures physiques et logistiques, harmoniser les normes réglementaires, stimuler l’investissement dans l’éducation et la formation technique, et faciliter l’accès au financement pour les chaînes de valeur régionales. Le cas du Maroc illustre l’impact potentiel d’un mix de politiques industrielles cohérentes, d’incitations à l’exportation et d’efforts de diversification. Toutefois, la progression continentale reste lente et inégale, indiquant que des efforts coordonnés à l’échelle régionale seront nécessaires pour transformer les gains potentiels en croissance manufacturière durable.
Le classement publié le 28 mai 2026 place le Maroc en pole position et réactive le débat sur les leviers politiques et économiques à mobiliser pour accélérer l’industrialisation africaine, en particulier par le renforcement de l’intégration régionale et le développement des chaînes de valeur nationales et transfrontalières.