Migrants climatiques dans les Hautes Terres de l’Est du Zimbabwe menacés d’expulsion
Zimbabwe : répression renforcée contre les colonies illégales dans les Hautes Terres de l’Est
Au Zimbabwe, le gouvernement a annoncé un durcissement des mesures contre les colonies illégales dans les Hautes Terres de l’Est, mettant en danger des milliers de migrants climatiques qui s’y sont installés pour fuir la sécheresse.
Les Hautes Terres de l’Est, qui s’étendent sur environ 320 km de Nyanga au district de Chipinge le long de la frontière mozambicaine, attirent depuis plusieurs années des familles venues des basses terres arides du Zimbabwe. Bénéficiant de précipitations plus régulières, de sols riches et de rivières pérennes, cette région est considérée comme l’une des plus fertiles du pays. Face à l’aggravation des sécheresses et à l’irrégularité des pluies dans les zones d’origine, des milliers de ménages ont choisi de s’installer sur des parcelles parfois attribuées hors du cadre légal — des occupations aujourd’hui ciblées par les autorités nationales.
Annonce officielle et mesures d’application
Le ministère d’État chargé des Affaires provinciales et de la Décentralisation du Manicaland a rendu publique une position plus ferme contre l’occupation illégale des terres. Le ministre d’État Misheck Mugadza a ordonné un renforcement des arrestations et des poursuites visant les chefs traditionnels, intermédiaires et responsables gouvernementaux impliqués dans l’attribution illégale de terres. Le gouvernement exige également que l’Agence de gestion de l’environnement applique strictement les évaluations d’impact environnemental et les lois de protection des zones écologiquement sensibles, en précisant que les zones humides, les berges de rivière et les forêts ne doivent pas être vendues ni loties.
Raisons du déplacement vers les montagnes
Sur le terrain, de nombreuses familles expliquent que leur départ n’a pas été motivé par la spéculation foncière mais par l’effondrement des conditions climatiques dans leurs lieux d’origine. Lloyd Gweshengwe, installé dans les Highlands de l’Est depuis dix-huit ans après avoir quitté une zone aride, décrit sa migration comme une stratégie de survie : « Nous n’avons nulle part où aller. » D’autres, comme Simon Chanakira, ont quitté des régions régulièrement touchées par la sécheresse pour chercher des terres arables et assurer la subsistance de leur foyer.
Récoltes porteuses mais incertitude persistante
Cette saison agricole a apporté à certains habitants des récoltes satisfaisantes — notamment des rendements de maïs qui offrent une sécurité alimentaire temporaire et la possibilité de vendre des surplus. Pourtant, cette amélioration est jugée fragile : l’absence de statut légal expose les familles à la menace d’expulsions et à une insécurité foncière permanente. Beaucoup continuent de cultiver en attendant des clarifications, conscients que la situation peut basculer rapidement si l’administration foncière lance des opérations de démolition ou d’expulsion.
Cadre juridique et limites de l’application
Selon les autorités, occuper des terres domaniales sans permis, bail ou lettre d’offre est illégal. Les procédures prévues par la loi permettent des arrestations et des expulsions lorsqu’elles sont appliquées. Mais des voix juridiques estiment que l’application stricte de la loi, sans réponses alternatives, ne suffit pas à résoudre la crise. L’avocat des droits de l’homme Blessing Nyamaropa rappelle que dans de nombreux cas les personnes s’adressent aux chefs traditionnels, paient des intermédiaires et reçoivent des assignments de terre sans autorisation administrative — une pratique qui complique la régularisation et alimente l’insécurité juridique.
Analyses d’experts et risques environnementaux
Des chercheurs et observateurs soulignent que les colonies illégales dans les Hautes Terres constituent souvent une stratégie d’adaptation au changement climatique plutôt qu’une volonté spéculative organisée. Le chercheur indépendant Trymore Maganga note que ces installations répondent à des nécessités immédiates mais exposent la région à des risques : injustices foncières non résolues, tensions sociales accrues, et pressions sur des écosystèmes fragiles. Les autorités insistent sur la nécessité de protéger les berges de rivière, les zones humides et les forêts pour prévenir une dégradation environnementale qui pourrait nuire à l’ensemble des communautés.
Les responsables locaux, les autorités nationales et les organisations concernées sont confrontés à un dilemme : concilier l’application de la loi et la protection de l’environnement tout en traitant la vulnérabilité croissante liée aux déplacements climatiques. Les familles installées attendent des mesures de régularisation ou des alternatives de relogement, tandis que le gouvernement met l’accent sur la lutte contre la corruption et l’ordre administratif dans l’attribution des terres. Pour l’heure, les travaux agricoles se poursuivent sur de nombreuses parcelles, mais l’avenir juridique et social des occupants reste incertain.