Mourad Saber sauve la boulangerie Louf à Amsterdam et porte l’entreprise à 40 salariés
De la menace de faillite à quatre boulangeries : l’ascension de Louf à Amsterdam
Mourad Saber a transformé une boulangerie menacée de faillite en Louf, enseigne de 4 boutiques et quarante salariés à Amsterdam, portée par le pain au levain.
Mourad Saber se souvient du mois où tout a failli s’arrêter. Quelques mois après l’ouverture de la première boutique, des tensions financières si fortes que des investisseurs jugeaient l’entreprise « techniquement en faillite » ont contraint Mourad à puiser dans ses économies pour payer les salaires. L’histoire de Louf est celle d’une reprise improvisée en 2021, d’un redressement financier serré et d’une montée en puissance rapide : en l’espace de trois à quatre ans, l’enseigne est passée d’un petit atelier menacé à un réseau artisanal comptant plusieurs points de vente, une équipe étoffée et une reconnaissance nationale pour son pain au levain.
Une reprise née d’une opportunité informelle
L’aventure a commencé presque par hasard en 2021. Propriétaire d’une agence de communication et client régulier d’une boulangerie marocaine d’Amsterdam, Mourad a été sollicité pour donner des conseils au propriétaire en difficulté. Il a perçu l’occasion de préserver une activité de quartier tout en développant un projet culinaire personnel : faire connaître le pain traditionnel marocain cuit à la poêle, puis élargir l’offre à une boulangerie artisanale plus classique. Avec deux associés rencontrés dans le secteur de la restauration, il a finalisé l’achat et lancé Louf l’année suivante.
Premiers mois marqués par des obstacles opérationnels et économiques
L’ouverture de la première boutique s’est heurtée à plusieurs revers : délais administratifs, départs imprévus de collaborateurs clés et problèmes de santé parmi l’équipe pâtissière. Sur le plan des coûts, la hausse mondiale des matières premières — céréales, lait et œufs — a fragilisé des tarifs de vente initialement déterminés à l’intuition. Ces éléments combinés ont créé un déséquilibre entre dépenses et recettes qui, à un moment, a rendu l’entreprise vulnérable au point qu’on a envisagé la cessation d’activité.
Injection de capitaux et restructuration pour sauver l’entreprise
Face à la menace, Mourad et ses associés ont choisi d’injecter de nouvelles ressources financières personnelles pour couvrir les charges immédiates, notamment les salaires. Cette décision a été complétée par la recherche rapide d’un financement externe qui, quelques mois plus tard, a permis d’assainir la trésorerie. L’équipe a aussi revu les prix et optimisé les processus de production pour améliorer les marges. Ces mesures combinées ont posé les bases d’une croissance durable.
Croissance rapide : effectifs, expansion et reconnaissance
La persévérance a porté ses fruits : le chiffre d’affaires a été multiplié à plusieurs reprises depuis l’ouverture et l’effectif est passé d’une petite équipe initiale à quarante salariés. Louf a ainsi étendu son empreinte dans la ville et exploite désormais quatre boutiques à Amsterdam. Cette montée en gamme s’est accompagnée d’une validation professionnelle : le pain au levain de la maison a obtenu une distinction lors d’un concours national, augmentant la visibilité de la marque et renforçant la confiance des clients.
Relations de quartier et gestion des contraintes locales
L’attachement au quartier est resté central pour Mourad. Lorsque des tensions avec un voisin ont conduit la municipalité à interdire temporairement la fabrication du pain dans l’une des boutiques au début de 2026, la réaction des riverains a été immédiate : une pétition signée par près de 400 habitants a témoigné du soutien local. Pour maintenir l’activité, la production a été temporairement déplacée vers d’autres locaux, permettant aux boutiques de continuer à servir leurs clients. Parallèlement, Louf a poursuivi ses partenariats avec des associations locales, confirmant son rôle social au-delà de la simple vente.
Malgré les difficultés rencontrées, la trajectoire de Louf illustre la capacité d’une petite entreprise artisanale à se transformer par une combinaison d’engagement personnel, d’ajustements opérationnels et d’adhésion de la clientèle. Mourad conserve son projet initial : proposer un jour au public amstellodamois le pain marocain cuit à la poêle dont il rêvait au départ, une promesse qui témoigne d’une vision aussi culturelle que commerciale pour l’avenir de l’enseigne.