Nationalisation de British Steel : Jingye réclame une indemnisation, la Chine proteste
Jingye réclame une indemnisation après la nationalisation de British Steel par le Royaume‑Uni
Le Royaume‑Uni a nationalisé British Steel; Jingye exige une indemnité après ce qu’elle qualifie d’expropriation, déclenchant un différend économique et diplomatique avec la Chine.
Le gouvernement britannique a pris le contrôle opérationnel de British Steel la semaine dernière, provoquant la réaction du groupe chinois Jingye, propriétaire de l’acierierie de Scunthorpe. Jingye demande une compensation « rapide, complète et efficace » pour les pertes d’investissement liées à la nationalisation, accusant Londres de « piétiner les règles internationales en matière d’investissement ». La décision britannique vise, selon les autorités, à préserver une capacité industrielle jugée essentielle pour les grands projets de construction et la défense, tandis que Pékin avertit qu’elle pourrait riposter pour défendre les droits de son investisseur.
Nationalisation et demande d’indemnisation de Jingye
Jingye a officiellement demandé au Royaume‑Uni de cesser immédiatement ce qu’elle considère comme une violation des règles internationales et d’indemniser l’entreprise pour les pertes encourues. Le groupe a souligné les montants engagés par le gouvernement britannique pour maintenir l’activité : 377 millions de livres sterling dépensés pour l’exploitation de British Steel à la fin de janvier, un total attendu à plus de 600 millions de livres d’ici fin juin, et des coûts potentiels qui, selon Jingye, pourraient atteindre 1,5 milliard de livres (environ 2 milliards de dollars) d’ici 2028. Ces estimations servent de base à la réclamation financière et expliquent l’urgence de la demande chinoise.
Motifs invoqués par le gouvernement britannique
L’exécutif britannique justifie la nationalisation par la nécessité de protéger la capacité nationale de production d’acier « vierge » — c’est‑à‑dire produit à partir de matières premières plutôt que de ferraille recyclée — et d’empêcher la fermeture des hauts fourneaux de Scunthorpe. Les autorités ont présenté l’opération comme une mesure visant à sauver des milliers d’emplois, stabiliser une entreprise en difficulté et garantir un approvisionnement intérieur pour des projets d’infrastructure et des besoins de défense. Les ministres ont insisté sur le risque de dépendance accrue aux marchés internationaux si la production nationale venait à disparaître.
Réponse officielle de Pékin et cadre juridique invoqué
La Chine a réagi en faisant état d’une surveillance étroite de l’affaire et en se réservant le droit de prendre « les mesures appropriées ». Le ministère chinois du Commerce a dénoncé la nationalisation comme une prise de contrôle forcée qui porte « gravement atteinte » aux droits légitimes de Jingye et « sape » la confiance des investisseurs chinois. Le ministère des Affaires étrangères a rappelé l’existence d’un traité bilatéral de protection des investissements signé en 1986 entre la Chine et le Royaume‑Uni, qui comporte une clause interdisant l’expropriation arbitraire sans compensation. Jingye s’appuie sur cette clause pour fonder sa demande d’indemnisation.
Situation industrielle et implications économiques à Scunthorpe
L’usine de Scunthorpe, dernière grande aciérie britannique produisant de l’acier à partir de matières premières, emploie près de 2 700 personnes et affiche une production annuelle d’environ trois millions de tonnes d’acier. Malgré son poids industriel et social, l’entreprise a connu des difficultés financières récurrentes : vendue par Tata Steel en 2016 pour une livre symbolique, elle a été reprise par le service d’insolvabilité britannique en 2019 avant d’être cédée à Jingye l’année suivante. Le gouvernement avance que British Steel continuait de générer des pertes substantielles et que l’intervention publique visait à éviter la perte définitive d’une capacité stratégique pour l’économie britannique.
Conséquences diplomatiques et calendrier politique à Londres
Le différend survient alors qu’un changement de direction politique se profile à Londres : le chef du Parti travailliste, Andy Burnham, devait succéder lundi à Keir Starmer au poste de Premier ministre, ouvrant la possibilité que ce conflit bilatéral marque le début de son mandat. Les tensions autour de British Steel risquent d’alourdir les relations commerciales déjà sensibles entre la Grande‑Bretagne et la Chine, et d’influencer la confiance des investisseurs étrangers. Pékin a explicitement lié la protection juridique des investisseurs, prévue par le traité de 1986, à l’appel de Jingye en faveur d’une résolution par l’indemnisation.
La question centrale demeure la voie de règlement : le Royaume‑Uni devra‑t‑il verser une indemnité significative pour éviter un conflit prolongé avec la Chine, ou s’en tenir à la position de sécurité nationale avancée pour justifier la nationalisation ? Les implications vont au‑delà des chiffres immédiats, touchant à la perception du Royaume‑Uni comme destination d’investissements étrangers, à la préservation d’emplois industriels locaux et aux équilibres géopolitiques entre Londres et Pékin. Les semaines à venir seront déterminantes pour l’issue financière et diplomatique du dossier.