Nourrisson meurt après blocage d’ambulance par porte militaire à Deir Ammar
Un nourrisson décède à Deir Ammar après le blocage d’une porte militaire empêchant une ambulance
Un bébé de trois mois est mort après qu’une porte militaire verrouillée a retardé la prise en charge médicale à Deir Ammar, isolant temporairement une famille et illustrant les conséquences des restrictions de circulation en Cisjordanie.
Le drame s’est produit dans l’après-midi, quand un nourrisson de trois mois, identifié comme Ahmad, a été retrouvé inconscient à son domicile du camp de réfugiés de Deir Ammar, au nord-ouest de Ramallah. Les proches l’ont transporté vers un centre médical local qui a tenté une réanimation avant d’appeler une ambulance pour un transfert vers un hôpital à Ramallah. Une porte militaire fermée sur la route principale a empêché l’ambulance de circuler et, selon les proches, des soldats postés sur place ont refusé d’ouvrir l’accès pour permettre un transfert à pied. Malgré des tentatives désespérées de la famille, l’enfant est décédé alors qu’il était pris en charge dans l’ambulance.
Blocage au point de contrôle de Deir Ammar
Le déroulé précise qu’au matin le père, Maarouf, était allé à Ramallah chercher l’acte de naissance du nourrisson. L’après-midi, la mère l’a trouvé inanimé et le centre médical local a appelé une ambulance. La stratégie retenue était de conduire l’enfant jusqu’à la porte verrouillée, où le personnel médical aurait dû l’acheminer à pied jusque dans le véhicule d’urgence stationné quelques mètres plus loin. À leur arrivée, la famille affirme que des soldats ont refusé d’ouvrir le passage et ont sommé les proches de rebrousser chemin, empêchant le transfert immédiat.
Refus d’accès et intervention des soldats
Les témoins décrivent des échanges tendus et une escalade des moyens employés pour faire reculer la famille : dégagements lacrymogènes et grenades assourdissantes ont été lancés, selon les récits, obligeant les proches à se retirer et à contourner le verrouillage par des chemins de terre plus longs. Le père a, d’après ces témoignages, supplié à plusieurs reprises de laisser passer son enfant, prononçant des mots de détresse pour tenter d’obtenir l’autorisation. L’ambulance a finalement pris en charge l’enfant et a enregistré son décès à 15h20 pendant le transport vers l’hôpital. Le même jour où le père avait reçu l’acte de naissance, il s’est rendu à Ramallah pour obtenir l’acte de décès.
Isolement des villages et conséquences sanitaires
La porte de Deir Ammar figure parmi les mesures de confinement mises en place depuis la fin février, qui auraient laissé environ 18 000 personnes dans trois localités privées d’un accès régulier aux services de Ramallah. Ces obstacles à la circulation – points de contrôle, barrières temporaires, portes verrouillées et blocages routiers – s’inscrivent, selon des bilans récents, dans un dispositif plus large de restrictions qui complique l’accès aux soins d’urgence. Des rapports publiés pour 2025 recensent plusieurs centaines d’incidents affectant établissements de santé, ambulances et personnels, et des centaines d’obstacles routiers ont été signalés comme limitant la mobilité d’une population de plusieurs millions de personnes en Cisjordanie.
Funérailles encadrées et vie de la famille
Après le décès, la famille rapporte que les autorités militaires ont transmis des consignes encadrant la tenue des funérailles, interdisant certains signes visibles et instructions politiques lors des obsèques. La présence d’un seul drapeau autour du cercueil a été signalée par les proches. Ahmad était l’enfant unique de son père et de sa mère, né après plusieurs tentatives médicales et après l’arrivée de trois filles de 11, 10 et 3 ans. La perte a plongé la famille dans un deuil profond, et les proches décrivent une douleur et une confusion intenses au moment de l’enterrement.
Témoignages locaux et dimension systémique
Les récits des habitants et de la famille insistent sur le caractère récurrent des blocages et leur impact quotidien : retards dans les soins, interruptions d’accès aux services essentiels et sentiment d’isolement. Des responsables locaux et des acteurs sur le terrain décrivent ces portes et obstacles comme éléments d’un réseau routier qui, selon eux, privilégie les itinéraires assurant la continuité entre certains secteurs au détriment de la connectivité entre communautés palestiniennes. Sur le terrain, ces configurations peuvent transformer une urgence médicale en une course contre la montre où chaque minute compte.
Le décès du nourrisson à Deir Ammar met en lumière les conséquences humaines immédiates des restrictions de circulation et relance les interrogations sur la gestion des accès en situation d’urgence, la protection des services médicaux et la nécessité de mécanismes garantissant le passage rapide des patients vers des soins hospitaliers.