PJD revient avec Benkirane et un programme 2026 axé sur emploi et transparence
Le PJD cherche à rebondir: Benkirane, un programme 2026 et la bataille pour reconquérir l’électorat après 2021
Le PJD cherche à rebondir sous Abdelilah Benkirane avec un programme 2026 axé sur emploi, services publics et lutte contre la corruption après la défaite de 2021.
Le Parti de la justice et du développement (PJD) a lancé une campagne de reconstruction destinée à transformer la visibilité de son leader en soutien électoral durable. Sorti grandi des réformes post‑2011, le parti a dominé la scène politique marocaine pendant une décennie avant de subir une chute spectaculaire lors du scrutin de septembre 2021. Aujourd’hui, le PJD présente un programme détaillé pour 2026 et met en avant la recomposition interne comme condition d’un retour crédible.
Un parti en quête de reconquête électorale
Le PJD avait remporté 107 des 395 sièges en novembre 2011, porté par le mouvement de réforme suivi des amendements constitutionnels. Il avait ensuite renforcé sa position à l’issue des élections de 2016, atteignant 125 sièges, mais des blocages politiques avaient abouti au remplacement d’Abdelilah Benkirane par Saadeddine Othmani en 2017. En septembre 2021 le parti est tombé à 13 sièges, tandis que le Rassemblement national des indépendants (RNI) devenait la première force parlementaire avec 102 sièges. Revenir de cette perte massive est l’objectif central de la stratégie actuelle.
Benkirane: une marque politique au centre de la stratégie
Le retour d’Abdelilah Benkirane occupe une place centrale dans les efforts de relance. Sa notoriété, son style plaçant la communication directe au cœur de la mobilisation et sa longue présence publique constituent, selon les dirigeants du parti, un capital politique mobilisable. Reste la question clef : la popularité personnelle du leader suffira‑t‑elle à rétablir les structures partisanes et à reconquérir des électeurs déçus par la gestion passée du gouvernement ?
Programme 2026: cinq axes et 467 mesures concrètes
Le programme annoncé pour 2026 comporte 467 mesures réparties en cinq domaines: identité et famille; réforme politique et institutionnelle; services publics et protection sociale; économie et emploi; politique étrangère. Parmi les propositions figurent une transparence accrue dans les marchés publics, des règles sur les conflits d’intérêts et l’enrichissement illicite, des mesures en matière de logement, de protection sociale et de souveraineté alimentaire, hydrique et énergétique. Le parti met l’accent sur des réponses pratiques aux préoccupations quotidiennes : prix, emploi, écoles, hôpitaux et lutte contre la corruption.
Réformes internes et leçons tirées de la défaite de 2021
La déroute de 2021 a entraîné une réévaluation interne. Le PJD a tenu des congrès extraordinaires et régulier, opéré des changements de direction et remodelé ses structures de base pour accroître la communication interne et la transparence. Les responsables de la formation insistent sur la nécessité de transformer l’attention autour du leader en engagement collectif et sur la création d’un travail de longue durée auprès des jeunes, considéré comme essentiel pour regagner une base électorale fragilisée.
Position sur la normalisation avec Israël et implications diplomatiques
Sur la scène internationale, la question de la normalisation avec Israël reste un enjeu politique majeur pour le PJD. Le parti maintient son opposition à l’élargissement des liens diplomatiques et réaffirme le soutien à la cause palestinienne. Le Maroc a toutefois engagé un processus d’approfondissement de ses relations avec Israël, y compris l’élévation réciproque des missions diplomatiques et l’ouverture aux échanges économiques et aériens. Cette divergence expose une tension entre la ligne programmatique du PJD et les orientations assumées par l’État dans des dossiers stratégiques.
Limites constitutionnelles et la métaphore des « fantômes et crocodiles »
Le PJD reconnaît les contraintes du cadre constitutionnel marocain, qui conserve un rôle stratégique à la monarchie: nomination du chef du gouvernement, présidence du Conseil des ministres et arbitrage des grandes orientations. Benkirane a souvent évoqué des « fantômes et crocodiles » pour décrire des intérêts et obstacles susceptibles de limiter l’action gouvernementale. Pour le parti, reconstruire implique non seulement d’affirmer des priorités politiques mais aussi de préciser comment exercer une influence effective dans un système où la capacité d’action gouvernementale est encadrée par des prérogatives royales.
Au‑delà des slogans et des mesures, le défi du PJD reste d’articuler une offre politique crédible et durable: transformer la notoriété de son leader en une confiance collective, démontrer la faisabilité des 467 mesures du programme 2026 et convaincre une génération de jeunes électeurs que leur participation sera durable et non saisonnière. Le succès de cette entreprise dépendra à la fois de la capacité du parti à réformer ses structures internes et de son aptitude à négocier les marges d’action offertes par le système politique marocain.