PNUE annonce le dépassement inévitable de 1,5 °C et appelle au courage politique
Climat : un dépassement temporaire de 1,5 °C jugé probable, experts appellent à des mesures urgentes
Un rapport international avertit qu’un dépassement temporaire de 1,5 °C est désormais probable; il préconise des réductions rapides des émissions, le déploiement massif des renouvelables et le recours aux mesures d’élimination du carbone
La signature de l’accord climatique mondial en 2015, avec son objectif central de limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, a marqué un tournant diplomatique majeur. Onze ans plus tard, une récente analyse internationale indique que, même dans le scénario le plus optimiste, la planète pourrait franchir temporairement ce seuil, atteignant environ 1,8 °C avant d’entamer un recul progressif vers la cible. Le document appelle à une trajectoire dite de « dépassement, pic et déclin » : un court dépassement suivi d’une baisse soutenue des températures via des réductions d’émissions et des mesures d’élimination du carbone.
Un dépassement temporaire de 1,5 °C jugé probable
Le scénario désormais privilégié par les modèles climatiques anticipe que le réchauffement mondial franchira le seuil de 1,5 °C « dans les prochaines années », pour ensuite atteindre un pic supérieur et décroître progressivement si des mesures rapides sont mises en œuvre. Cette trajectoire n’est pas considérée comme une fatalité, mais comme une fenêtre d’action : plus le dépassement sera bref et limité, moins graves seront les conséquences irréversibles.
Consommation de combustibles fossiles et bilan des émissions
Les émissions mondiales ont poursuivi leur hausse depuis 2015. Les niveaux de dioxyde de carbone ont établi de nouveaux records récents, avec une augmentation notable d’une année sur l’autre. Cette progression s’explique par une consommation de combustibles fossiles toujours élevée et par la mise en service de nouvelles capacités énergétiques à base de gaz et de pétrole. En parallèle, le coût des énergies renouvelables a chuté de façon spectaculaire au cours de la dernière décennie, rendant techno-économiquement possible une transition beaucoup plus rapide qu’auparavant, si la volonté politique et les investissements publics et privés accompagnaient ce potentiel.
Risques accrus pour les littoraux, la biodiversité et les populations
Chaque fraction de degré supplémentaire augmente la probabilité de phénomènes extrêmes plus fréquents et intenses : vagues de chaleur, précipitations extrêmes, montée du niveau de la mer et fonte accélérée des glaciers. Les régions insulaires et les zones côtières sont particulièrement exposées au risque de submersion, tandis que la perte d’habitats naturels et la réduction de la biodiversité pourraient s’accélérer. Des catastrophes récentes liées à la fonte glaciaire et aux crues illustrent déjà l’impact humain et économique de ces phénomènes, qui risquent de se multiplier si le réchauffement reste élevé.
Demande électrique croissante liée à l’IA et pression sur les systèmes énergétiques
La montée en charge des centres de données et des applications d’intelligence artificielle entraîne une demande électrique significative et en forte croissance. Leur consommation représente une part non négligeable de l’électricité mondiale et pourrait doubler d’ici la fin de la décennie. Dans plusieurs projets en cours, cette demande est encore principalement alimentée par des sources fossiles, ce qui compromet les objectifs climatiques. Les grands opérateurs technologiques sont appelés à intégrer des solutions d’efficacité, à prioriser l’alimentation par renouvelables et à récupérer la chaleur fatale pour réduire l’empreinte carbone des infrastructures numériques.
Stratégies de réduction et d’élimination du carbone
Pour ramener durablement le réchauffement vers 1,5 °C après un dépassement, le recours à des projets d’élimination du carbone à grande échelle est présenté comme une composante nécessaire. Les options incluent les solutions naturelles (reforestation, restauration d’écosystèmes) et les technologies de captage et stockage du carbone, bien que ces dernières restent coûteuses et difficiles à déployer à grande échelle. Parallèlement, il est souligné que la priorité doit rester la prévention des émissions : éviter d’émettre est généralement moins cher et plus sûr que tenter de retirer ensuite de grandes quantités de CO2 de l’atmosphère.
La trajectoire vers une limitation effective du réchauffement dépendra d’un double mouvement : accélérer la décarbonation du secteur énergétique et industrialiser, de manière responsable, des solutions d’élimination du carbone pour corriger un éventuel dépassement. Cela requiert des décisions politiques fortes, des investissements publics et privés massifs, des mécanismes de financement pour les pays en développement et une coordination internationale renforcée. Sans ces éléments, le risque de voir le seuil de 1,5 °C dépassé plus longtemps et plus haut restera élevé, avec des conséquences durables pour les sociétés humaines et les écosystèmes.