Poivrons marocains à prix doublés fin octobre face à une forte demande européenne
Poivrons marocains : prix doublés fin octobre 2026, offre insuffisante face à une demande européenne exceptionnelle
Fin octobre 2026, les poivrons marocains se vendent deux fois plus cher; la demande européenne, surtout espagnole, excède l’offre alors que les récoltes baissent.
La fin du mois d’octobre 2026 a vu les prix des poivrons à la sortie des exploitations marocaines atteindre un niveau deux fois supérieur à celui enregistré un an plus tôt. Cette hausse s’explique par une demande européenne anormalement soutenue — en particulier en Espagne — conjuguée à des volumes disponibles réduits au Maroc et à des pertes de production côté espagnol. Les importations espagnoles de poivrons restent, par ailleurs, très dépendantes du flux marocain, renforçant la pression sur le marché.
Prix doublés à la sortie des fermes
Fin octobre 2026, les prix observés à la sortie des exploitations marocaines affichent une hausse d’environ 100 % par rapport à octobre 2025. Les variétés les plus demandées sont les Kapia et les poivrons carrés, recherchés par les acheteurs européens pour leur calibre et leur résistance au transport. Les opérateurs commerciaux interrogés confirment que, malgré des tarifs plus élevés, les volumes proposés peinent à satisfaire les commandes, ce qui maintient une tension haussière sur les prix.
Demande européenne concentrée et renforcement des importations
La demande provenait majoritairement d’acheteurs européens, avec une intensité particulière en provenance d’Espagne. Sur l’ensemble du premier semestre 2026, près de 95 % des poivrons importés par l’Espagne provenaient du Maroc, représentant environ 79 millions de kilos. Ce constat souligne la forte dépendance du marché espagnol aux flux marocains, et explique pourquoi toute perturbation — sanitaire ou climatique — sur un des versants de la Méditerranée affecte rapidement les prix et la disponibilité.
Perturbations phytosanitaires en Espagne et conséquences sur l’offre
Les opérateurs espagnols ont fait face à des attaques de thrips, de petits insectes ravageurs qui provoquent des dégâts importants sur les fruits et réduisent les rendements. Dans plusieurs exploitations, ces attaques ont entraîné des replantations et des pertes de production, ce qui a poussé les acheteurs à intensifier leurs commandes auprès de fournisseurs marocains pour compenser le déficit. La persistance des thrips dans les serres espagnoles demeure une inconnue majeure pour l’équilibre de l’offre en fin de campagne.
Rendements réduits dans le Souss‑Massa et contraintes de protection sanitaire
Dans le Souss‑Massa, zone majeure de production marocaine, certaines exploitations rapportent une récolte limitée à environ 35 % des volumes habituels à la même période des saisons précédentes. Les acteurs locaux attribuent cette baisse à des températures inadaptées et à des conditions climatiques perturbées, qui compliquent également la protection des cultures contre les ravageurs. Par ailleurs, les producteurs doivent respecter les limites européennes de résidus de pesticides, ce qui restreint les options de traitement et augmente la vulnérabilité face aux agents nuisibles.
Pression des marchés africains et gestion des approvisionnements
La pression commerciale ne se limite pas à l’Europe : des commandes supplémentaires en provenance de pays d’Afrique de l’Ouest, notamment de Mauritanie et du Sénégal, viennent s’ajouter aux demandes espagnoles et européennes. Cette diversification des marchés accroît la compétition sur les volumes disponibles à l’export et réduit la marge de manœuvre des exportateurs pour répondre simultanément à tous les acheteurs. Les opérateurs mettent en place des priorisations de contrats et adaptent leur logistique pour optimiser les expéditions, mais les quantités restent insuffisantes face à la demande cumulée.
Les professionnels estiment toutefois qu’une reprise partielle de l’offre est possible à court terme : certaines exploitations prévoient un retour progressif à des capacités plus proches des niveaux habituels dans les deux semaines suivant la fin octobre 2026, sous réserve d’un maintien des conditions climatiques favorables et d’une stabilisation des problèmes phytosanitaires en Espagne. Si les attaques de thrips persistent, la demande marocaine auprès des importateurs européens pourrait rester soutenue et prolonger la période de prix élevés.
En l’état, la conjonction d’une demande européenne forte, de pertes de production en Espagne et de rendements moindres dans des zones clés du Maroc crée un contexte d’incertitude pour le reste de la campagne. Les marchés restent attentifs à l’évolution de la situation sanitaire dans les serres espagnoles et à l’évolution météorologique au Maroc, éléments déterminants pour l’équilibre entre l’offre et la demande dans les semaines à venir.