Pourquoi les jeunes Marocains et Algériens ne se connaissent plus ?
Au cœur de Casablanca, la présence algérienne reste visible à travers des familles installées depuis plusieurs décennies, à l’image de Mohamed Senoussaoui, vétéran de la guerre de libération arrivé au Maroc en 1974. Si cette génération conserve un profond attachement aux deux nations, le climat actuel est marqué par une rivalité politique exacerbée. Depuis 2024, Alger impose des visas aux ressortissants marocains, tandis que les survols aériens sont interdits entre les deux voisins. Pourtant, dans les souks de la métropole, des maillots aux couleurs des Fennecs sont vendus librement pour environ 9 euros (100 dirhams), témoignant d’une hospitalité tenace au quotidien.
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Cependant, le tournoi a également révélé des points de friction. L’élimination de l’Algérie en quarts de finale face au Nigeria a provoqué des incidents sur le terrain et dans les tribunes, conduisant à l’ouverture d’une enquête par la Confédération africaine de football (CAF) le 12 janvier. Ces événements, amplifiés par les réseaux sociaux, ont cristallisé les ressentiments. Selon des témoignages rapportés par le journal Le Monde, certains habitants algériens se disent choqués par les réactions de joie d’une partie de l’opinion marocaine après la défaite des Fennecs, y voyant une hostilité qu’ils ne soupçonnaient pas auparavant.
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Pour les chercheurs, cet écart est avant tout générationnel et structurel. L’anthropologue Khalid Mouna observe que la jeunesse marocaine ne connaît plus l’Algérie, désormais surnommée « l’autre monde » dans l’imaginaire collectif. Tandis que les seniors évoquent avec nostalgie les voyages en train ou en route, les nouvelles générations tournent davantage leur regard vers d’autres horizons économiques. Cette séparation physique est accentuée par une « haine virtuelle » alimentée par de fausses informations et des polémiques numériques, comme le cas d’un influenceur algérien emprisonné pour comportement indécent dans un stade de Rabat début janvier.
Le déclin démographique illustre cette tendance de fond. En 2024, le Maroc ne comptait que 2 800 résidents algériens, soit trois fois moins qu’il y a vingt ans. Pour les sociologues, cette réduction, associée à la complexité des déplacements qui nécessitent désormais un transit à l’étranger, confirme que les deux populations vivent une séparation qui dépasse le cadre de simples crises diplomatiques.