Prince Edward Rukidi proclamé roi de Tooro lors de l’enterrement d’Oyo, succession contestée
Enterrement d’Oyo et succession contestée au royaume de Tooro
Obsèques d’Oyo le 12 septembre 2026 à Fort Portal — un prince intronisé par les anciens, la reine mère et princesse contestent la succession, évoquant un fils.
Le 12 septembre 2026, le corps du roi Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV a été inhumé aux tombeaux royaux de Karambi, à Fort Portal, lors d’une cérémonie qui a mis en lumière un conflit ouvert sur la succession du trône de Tooro. Au cours des rites, le prince Edward Rukidi Kijanangoma, âgé de 56 ans et connu comme présentateur et rédacteur en chef à la radiotélévision nationale, a été présenté par les dignitaires du royaume et a accompli un rituel traditionnel — le jet de neuf baies de café dans la tombe du souverain — geste interprété comme une passation de pouvoir. Malgré cette intronisation rituelle, la désignation d’un nouveau monarque reste vivement contestée par des membres proches de la famille du défunt.
Désignation rituelle et acte symbolique
Lors de l’enterrement, le geste de Kijanangoma a été effectué devant les anciens du clan et une assemblée de fidèles, conformément aux pratiques coutumières qui accompagnent la succession dans le royaume de Tooro. Le rituel, incluant le dépôt des baies de café, a été présenté par les responsables comme l’expression publique de la transmission de l’autorité traditionnelle. Les anciens ont expliqué que ces actes formalisent la continuité de la lignée et la préservation des usages du royaume.
Opposition de la reine mère et de la princesse
La reine mère Best Kemigisa et la princesse Ruth Komuntale se sont opposées publiquement à la nomination de Kijanangoma, affirmant que le défunt roi avait, selon un testament daté de 2022, désigné un fils comme héritier. La mère du roi et sa sœur ont demandé que la volonté exprimée par Oyo en faveur de cet enfant soit respectée et protègent ce qu’elles considèrent comme la légitimité de la succession. La princesse a dénoncé les tentatives qu’elle qualifie de « spoliation » et a déclaré vouloir préserver l’œuvre et la mémoire du roi.
Affirmations familiales et position des anciens du clan Babiito
La famille d’Oyo a soutenu l’existence d’un fils que le roi aurait présenté comme héritier légal dans un testament. Le Premier ministre de Tooro a indiqué après le décès qu’un enfant existe et que son identité serait rendue publique en temps voulu, sans toutefois la révéler immédiatement. De leur côté, les anciens du clan Babiito, gardiens des traditions et chargés de veiller à la lignée, contestent l’idée qu’un testament puisse se substituer au processus coutumier de succession. Selon l’un des anciens, la volonté personnelle n’annule pas la compétence du Musuuga — le chef du clan — et des procédures traditionnelles qui déterminent qui devient Omukama.
Parcours et héritage du roi Oyo
Oyo est monté sur le trône en 1995, à l’âge de trois ans, après la mort de son père, Patrick David Matthew Kaboyo Olimi III, et a longtemps été présenté comme l’un des plus jeunes monarques régnants. Il est décédé le 27 août 2026, à 34 ans, alors qu’il recevait des soins contre un angiosarcome à l’étranger. Tout au long de son règne, il a utilisé la tribune symbolique de la monarchie pour promouvoir des causes sociales et environnementales: promotion du football local, organisation et soutien de tournois, campagne de reboisement visant à planter des millions d’arbres, actions de sensibilisation au cancer, et lancement d’un projet pour un hôpital pédiatrique dans le district de Kyenjojo. Ces initiatives ont suscité des appels à honorer sa mémoire par des réalisations concrètes, notamment un centre spécialisé en cancérologie et un stade international.
Conséquences institutionnelles et implications sociales
Le différend sur la succession intervient dans un contexte où les royaumes traditionnels d’Ouganda n’exercent pas de pouvoir politique formel mais conservent une influence culturelle et sociale notable. Rétablis en 1993 après leur abolition en 1967, ces royaumes jouent un rôle dans l’identité locale et la mobilisation communautaire. Le gouvernement central s’est engagé, selon des responsables locaux, dans des pourparlers pour tenter de prévenir des tensions et favoriser une résolution pacifique avant et après les funérailles. Les appels à respecter à la fois les usages coutumiers et la volonté exprimée par le défunt risquent d’entraîner une procédure longue, impliquant les anciens, la famille royale et les autorités étatiques.
La succession du trône de Tooro reste incertaine et susceptible d’évoluer à mesure que les protagonistes formalisent leurs positions. Les étapes prochaines incluront la révélation éventuelle de l’enfant dont la famille affirme l’existence, des délibérations supplémentaires au sein du clan Babiito et des consultations avec les autorités locales pour contenir les divisions et garantir la stabilité sociale dans la région.