Procès par contumace de François Bozizé pour crimes contre l’humanité en République centrafricaine
La Cour pénale spéciale ouvre le procès par contumace de François Bozizé
Le 16 juin 2026, la Cour pénale spéciale de Bangui ouvre le procès par contumace de François Bozizé pour crimes contre l’humanité commis depuis 2003 (2024).
Ouverture du procès par contumace à Bangui
Le 16 juin 2026, une juridiction hybride installée dans la capitale centrafricaine a officiellement ouvert le procès par contumace de l’ancien président François Bozizé. La procédure se tient devant la Cour pénale spéciale (CPS), composée de magistrats centrafricains et étrangers, et vise à examiner des faits qui remontent à la période de prise et d’exercice du pouvoir par Bozizé à partir de 2003. L’ancien chef d’État, exilé en Guinée-Bissau depuis mars 2023, n’est pas présent dans la salle d’audience ; la CPS a néanmoins engagé la procédure en son absence.
Accusations de meurtres, disparitions forcées, torture et viol
Les chefs d’accusation portent sur des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre présumés commis notamment au sein d’une prison civile et d’un centre d’entraînement militaire à Bossembele. Les accusations citées au démarrage du procès incluent des meurtres, des disparitions forcées, des actes de torture et des violences sexuelles. La gravité des faits allégués place au centre du dossier la question de la responsabilité pénale du commandement et du rôle de la Garde présidentielle durant la période incriminée.
Mandat d’arrêt international et éléments rassemblés en 2024
En 2024, la Cour pénale spéciale a émis un mandat d’arrêt international à l’encontre de François Bozizé dans le cadre de son enquête sur les événements de Bossembele. Les juges ont estimé qu’il existait des “preuves sérieuses et concordantes” susceptibles d’engager la responsabilité pénale de Bozizé en tant que supérieur hiérarchique et chef militaire. Ce constat a servi de base à l’ouverture du procès et à la mise en mouvement de procédures visant à établir la chaîne de commandement et l’implication des structures de sécurité sous son autorité.
Trois anciens officiers détenus en République centrafricaine
Parallèlement au procès par contumace, trois anciens officiers supérieurs ont été placés en détention provisoire en République centrafricaine : Eugène Barret Ngaikosset, Vianney Semndiro et Firmin Junior Danboy. Leur détention permet à la CPS de poursuivre les investigations et de conduire des audiences visant à établir des responsabilités individuelles. Les procédures à l’égard de ces officiers devraient apporter des éléments factuels sur l’organisation, les ordres et l’exécution des opérations imputées à la Garde présidentielle.
Rôle allégué de la Garde présidentielle à Bossembele
Le dossier centré sur Bossembele identifie la Garde présidentielle comme acteur principal des exactions reprochées. Les accusations détaillent des opérations menées dans une prison civile et dans un centre d’entraînement militaire, lieux où auraient eu lieu détentions arbitraires, sévices et exécutions. L’examen judiciaire vise à déterminer la nature des ordres, la connaissance des supérieurs et l’existence d’une politique de commandement qui aurait permis ou encouragé la perpétration de ces crimes.
Retour politique, formation de nouvelles alliances et exils successifs
Le parcours politique de François Bozizé est au cœur du contexte du procès. Arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2003, il a été renversé en 2013 par la coalition rebelle de la Séléka, événement qui a déclenché une décennie de violences intercommunautaires dans le pays. De retour en 2019 pour annoncer sa candidature à l’élection présidentielle, il s’est vu interdit de participation par la Cour constitutionnelle qui a estimé qu’il ne satisfaisait pas à l’exigence de “bonne moralité” en raison des accusations pesant contre lui. Fin 2020, il a pris la tête d’une nouvelle coalition rebelle, la Coalition des patriotes pour le changement, puis s’est exilé, d’abord au Tchad, ensuite en Guinée-Bissau, un pays qui n’autorise pas l’extradition, où il réside depuis mars 2023.
La tenue de ce procès marque une nouvelle étape dans la longue quête de responsabilisation des auteurs présumés de crimes commis depuis 2003 en République centrafricaine. La CPS entend établir des faits précis, identifier les responsables à tous les niveaux de la chaîne de commandement et garantir, dans le respect des procédures, le droit à un procès équitable pour les personnes impliquées. Les audiences à Bangui devront désormais conjuguer exigences de preuve et contraintes pratiques liées à l’absence de l’accusé principal et à la complexité d’un dossier qui lie événements militaires, politique et violences de masse.