Quand la colère des Marocains est tombée sur Danone
L’objectif d’une campagne de boycott spontanée lancée sur les réseaux sociaux il y a quelques années, Central Danone, une filiale du géant français agroalimentaire au Maroc a perdu des centaines de millions d’euros. De retour sur une campagne qui a fait un rendez-vous.
Tout commence par un mouvement de boycott lancé en 2018 sur Facebook contre trois marques: le carburant des stations afriques, l’eau minérale Sidi Ali et les produits Danone Central. Ces marques sont accusées de pratiquer des prix excessifs, rappelle RFI. Les initiateurs – la classe moyenne – chantent plusieurs slogans. «Le boycott est plus fort que la démonstration. Ce n’est pas un acte ponctuel, c’est une résistance quotidienne». C’est l’un d’eux partagé sur les réseaux sociaux. La campagne a rapidement eu un grand succès. Selon plusieurs sondages, 57% des Marocains ont été informés du boycott qui ont cessé d’acheter au moins l’une des trois marques concernées.
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“L’impact est important sur nos ventes, sur notre part de marché. Nous sommes obligés de prendre des mesures regrettables: suspendre une partie des volumes perçus auprès de nos 120 000 éleveurs”, a déclaré Didier LaMblin, PDG de Central Danone au Maroc, sur l’Atlantique Radio en mai 2018. Cette situation a conduit au licenciement de centaines de travailleurs. Les coopératives au lait avaient été déstabilisées. Début juin, les employés de l’entreprise expriment leur colère. Ils organisent un sit-in devant le Parlement à Rabat. «Le gouvernement est responsable. Il n’est pas à la hauteur des employés de payer les conséquences de l’augmentation du coût de la vie», explique un manifestant.
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Pour sortir de cette crise, Danone a essayé, en septembre de la même année, de reconquérir le cœur des Marocains prenant une mesure sans précédent: vente du litre du lait à des prix des coûts. Mais l’opération de reconquête se termine par une défaillance. Les ventes continuent de baisser. La société enregistre une perte totale de 178 millions d’euros en chiffre d’affaires par rapport à l’année précédente. «Nous avons vendu notre lait au même prix que nos concurrents. Mais Central Danone était perçu comme proche de la famille royale et de l’élite marocaine. Cela a facilité son boycott», a déclaré Emmanuel Faber, PDG du groupe quelques mois plus tard.