Rapatriement massif de Malawites après violences xénophobes en Afrique du Sud
Violences en Afrique du Sud poussent au rapatriement massif de Malawites
Violences xénophobes en Afrique du Sud poussent au rapatriement massif de Malawites; familles rentrent sans biens et autorités activent un plan d’urgence.
Depuis la montée des attaques contre les ressortissants étrangers en Afrique du Sud, des milliers de Malawites sont rentrés au pays, souvent sans aucun bien et dans des conditions précaires. Le rapatriement organisé par les autorités malawites et les mesures d’assistance d’urgence ont permis le retour de plusieurs milliers de personnes avant la date limite du 30 juin 2026, mais les récits de pertes matérielles, de dettes et de traumatismes se multiplient. Des familles arrivent les mains vides, des maisons ont été incendiées, et les rapatriés font face à d’importants défis pour se réinsérer économiquement.
Rapatriements bilan chiffré
Les chiffres officiels et les estimations disponibles indiquent un mouvement de rapatriement de grande ampleur. Les médias locaux ont rapporté que 6 936 Malawites sont déjà rentrés depuis le début des opérations. Le Département de gestion des catastrophes du Malawi a identifié environ 10 000 compatriotes en détresse en Afrique du Sud et a déclaré avoir activé un plan de réponse global pour assurer un retour sûr et ordonné. De leur côté, les autorités sud-africaines ont signalé que 15 162 ressortissants malawiens ont été examinés en vue d’une éventuelle expulsion et d’un rapatriement.
Janet Kapito retour avec un bébé et sans biens
Janet Kapito, 27 ans, est revenue au Malawi avec son bébé de huit mois et sans les économies qu’elle avait constituées en travaillant en Afrique du Sud. Partie du village de Lolo en 2022, elle espérait économiser pour acheter un terrain et construire une maison. À son retour, elle se tient près des fondations inachevées où elle projetait d’ériger son foyer. Elle dit avoir gagné 2 000 rands par mois en travaillant dans un restaurant, mais avoir été contrainte de fuir au début des violences. Avant la date limite du 30 juin 2026, des bagages ont été pillés à bord de bus transportant des rapatriés, et même les effets personnels transportés par Janet ont été volés. À l’arrivée au stade Kamuzu, elle a reçu 70 000 kwacha malawiens (environ 40 dollars) pour débuter son retour, tandis que son mari, resté en Afrique du Sud, est toujours en chemin.
Dettes et conditions de départ des travailleurs
De nombreux rapatriés expliquent avoir contracté des prêts à taux élevés pour financer le voyage vers l’Afrique du Sud, puis avoir eu du mal à les rembourser, notamment à la suite des perturbations économiques liées aux confinements durant la pandémie de COVID-19. Plusieurs personnes indiquent qu’elles ont quitté leurs logements et se sont réfugiées dans des champs ou des espaces publics à Durban lorsque les attaques se sont intensifiées. Pour beaucoup, le retour n’est pas un choix économique mais une question de survie face aux agressions physiques et aux destructions de biens.
Incendies et pillages des logements
Plusieurs rapatriés racontent des scènes d’une extrême violence : incendies de maisons, pillages et agressions nocturnes. Parmi eux, Idrissah Akilemu, père de deux enfants, dit que son logement à Johannesburg a été incendié lors d’un raid nocturne. D’autres décrivent avoir vu des compatriotes être battus dans la rue et avoir fui sans pouvoir récupérer leurs affaires. Ces épisodes ont transformé des mouvements de protestation en attaques ciblées contre les étrangers, selon les témoignages recueillis auprès des personnes rapatriées.
Réponse des autorités malawites
Le gouvernement du Malawi a mis en place des mesures pour faciliter le retour des citoyens : coordination des transports, points de triage comme le stade Kamuzu, et distribution d’aides financières limitées à l’arrivée. Les autorités ont insisté sur la nécessité d’un retour “sûr, ordonné et digne” et travaillent avec des partenaires pour acheminer les rapatriés vers leurs districts d’origine. Des campagnes de collecte de fonds et des initiatives communautaires ont également permis d’aider des familles bloquées en transit.
Défis de réinsertion économique locale
À leur retour, beaucoup de rapatriés font face à un marché de l’emploi local déjà tendu et à un chômage formel élevé. Plusieurs indiquent qu’ils envisagent de lancer de petites entreprises si un capital de démarrage est disponible, mais les ressources manquent. La honte sociale liée à l’expulsion et la difficulté à se réintégrer pèsent sur les individus et les communautés d’accueil. Dans les districts comme Thyolo et la ville de Luchenza, familles et voisins tentent d’offrir un soutien matériel et moral, mais les besoins dépassent largement les capacités locales.
La situation met en lumière des enjeux transfrontaliers, économiques et humanitaires : la nécessité d’une coordination renforcée entre les gouvernements, l’importance d’un soutien économique pour prévenir la précarité à long terme, et la mise en place de mécanismes d’assistance psychologique pour les personnes traumatisées. Les rapatriés espèrent désormais des mesures concrètes pour reconstruire leurs vies et éviter que des déplacements forcés de cette ampleur ne se reproduisent.