Rapatriés à Khartoum retrouvent maisons pillées et services publics en détresse
Retour à Khartoum : maisons pillées, services détruits et besoins urgents pour des millions de rapatriés
À Khartoum, des milliers de rapatriés retrouvent maisons pillées et infrastructures détruites; urgence de logements, emplois et services pour reconstruire la vie.
Une vague de retours vers Khartoum expose l’ampleur des besoins humanitaires et sociaux après des années de combats : des familles retrouvent leurs domiciles détruits ou pillés, perdent leurs économies et font face à des coupures d’électricité, à des pénuries d’eau et à l’absence d’un revenu stable. Des rapatriés revenant depuis 2025 et 2026 décrivent des pertes matérielles totales, l’obligation de louer, et la difficulté de financer des réparations ou d’accéder aux services de base.
Retour à Khartoum : maisons détruites et pillages
En août 2025, Mohamed Mahdi Makki Farah, 51 ans, est retourné à Jabal Awliya, près de Khartoum, après avoir quitté la ville en juin 2023. Il a découvert sa maison détruite et vidée : meubles, ustensiles et biens personnels avaient disparu. « Tout a été complètement détruit. Maintenant, nous dormons par terre et certains d’entre nous vivent dans des maisons louées », dit-il, expliquant qu’ils n’ont pas pu financer la remise en état en raison des coûts élevés et de l’effondrement de leur capital. Des témoignages similaires proviennent de rapatriés qui ont retrouvé des logements incendiés, des véhicules pillés et des documents administratifs perdus pendant le conflit.
Perte des moyens de subsistance et endettement
De nombreux rapatriés ont perdu leur activité économique et leurs économies. Avant la guerre, certains travaillaient à leur compte ; au retour, ils dépendent d’emplois occasionnels et de prêts familiaux. Abubakr Ishaq Hamed Ibrahim, 40 ans, rentré à Khartoum en février 2026 après un déplacement en mai 2023, explique qu’il n’a plus de revenus stables et que la famille a dû emprunter pour couvrir nourriture, logement et scolarité. La dépréciation de la livre soudanaise a réduit significativement le capital de commerçants et d’artisans, aggravant l’incapacité à financer la reconstruction.
Accès réduit à l’eau, à l’électricité et aux soins
L’état des infrastructures complique la reprise : coupures électriques régulières, pénuries d’eau et centres de santé partiellement fonctionnels sont signalés. Plusieurs rapatriés disent que Khartoum est « presque entièrement dans l’obscurité », que l’eau manque et que seuls certains centres de santé gouvernementaux restent opérationnels. Les réparations des réseaux d’eau et d’électricité, endommagés pendant les combats, sont lentes, laissant des quartiers entiers sans services de base et augmentant les risques sanitaires.
Pression sur le logement et difficultés pour les familles
Beaucoup de rapatriés ne peuvent pas réintégrer leur domicile et deviennent locataires permanents faute de moyens pour reconstruire. Les loyers, élevés dans les zones urbaines, pèsent lourdement sur des ménages déjà appauvris. Pour plusieurs familles, la réception d’aide alimentaire en nature — céréales, farine, huile, sucre — atténue partiellement la crise, mais ne remplace pas le besoin d’un logement sûr, d’un revenu stable et de la restauration des infrastructures publiques.
Mesures locales face à la crise des transports
Les autorités de l’État de Khartoum ont annoncé des mesures pour atténuer la crise des transports causée par les pénuries de carburant et les coupures d’électricité. Des approvisionnements ciblés en carburant pour les bus et des priorités de transport public ont été décidés, et des acteurs locaux aident à réguler la circulation. Les perturbations ont néanmoins entraîné des hausses de tarifs, des temps d’attente prolongés pour les navetteurs et des files devant les boulangeries en raison d’un manque de farine.
Chiffres de retour et limites de la reconstruction
Les données de suivi montrent un mouvement massif de rapatriement : au 30 septembre 2026, environ 5,27 millions de Soudanais déplacés étaient rentrés dans neuf États, dont 2,5 millions dans l’État de Khartoum selon des évaluations publiées en 2026. Parmi ces retours, une grande part des rapatriés ont été déplacés à l’intérieur du pays, et près de la moitié des rapatriés sont des enfants. Cependant, les agences humanitaires mettent en garde : le retour ne garantit pas des conditions de vie acceptables. De nombreuses maisons restent inhabitables, les opportunités économiques sont limitées et les services essentiels insuffisants.
Les témoignages convergent sur l’idée qu’un retour sans aide substantielle à la reconstruction laisse les familles dans une vulnérabilité durable. Les obstacles administratifs, la perte de documents et le coût des réparations freinent la reprise économique et sociale. Les rapatriés insistent sur la nécessité de soutiens ciblés pour le logement, l’accès aux soins, l’éducation et la relance des activités génératrices de revenus.
Alors que certaines zones connaissent une stabilisation relative après les avancées gouvernementales, la route vers une stabilité durable reste longue : restauration des infrastructures, soutien économique aux ménages, réintégration scolaire des enfants et solutions de logement font partie des priorités immédiates pour des millions de Soudanais de retour. Les rapatriés demandent une aide coordonnée et des programmes de reconstruction à grande échelle pour transformer leur retour en un véritable relancement de la vie quotidienne.