Rapport Amnesty: la DGST a utilisé Pegasus contre journalistes et militants au Maroc
Maroc : un rapport accuse l’usage présumé de Pegasus pour surveiller journalistes, militants et avocats
Un rapport accuse l’usage présumé du logiciel espion Pegasus au Maroc pour surveiller journalistes, défenseurs, avocats, mêlant attaques numériques et filatures.
Le Maroc fait face à des allégations selon lesquelles des outils de cybersurveillance sophistiqués auraient été employés pendant plusieurs années pour cibler des journalistes, des militants et des professionnels du droit. Le document présente des témoignages de personnes qui disent avoir détecté des signes d’intrusion sur leurs téléphones, décrit des opérations combinant piratage et surveillance physique, et identifie des numéros de téléphone ciblés dès l’automne 2017. Les intéressés rapportent des conséquences lourdes sur leur vie privée, leurs procès et leur sécurité personnelle.
Journaliste affirme avoir été ciblé pendant deux ans
Omar Radi, journaliste et défenseur des droits, raconte des signes répétés d’atteinte à son téléphone entre 2018 et 2020 : décharges rapides de batterie, surchauffe de l’appareil et ralentissements du réseau. La découverte technique d’anomalies remonte à juin 2020, après un examen du téléphone. Parallèlement à ces indices numériques, il décrit une surveillance physique régulière — rapports quotidiens fournis par des observateurs de rue, suivis et tentatives d’intimidation. Radi dit aussi que ces intrusions ont influencé le déroulement d’enquêtes policières et judiciaires le concernant.
Rapport retrace un ciblage massif fin 2017
L’enquête documente un pic d’activité dès septembre 2017, avec des sélections de numéros pour des opérations d’infection par des liens envoyés par SMS quelques semaines plus tard. L’analyse des enregistrements techniques fait apparaître une liste de 103 numéros nationaux associés à des cibles potentielles entre septembre et décembre 2017. Parmi eux, 65 ont été identifiés comme appartenant à la société civile : 34 défenseurs des droits humains, 22 journalistes et professionnels des médias, cinq avocats et quatre universitaires. Ces éléments décrivent un schéma de ciblage étendu et coordonné qui concernerait des acteurs critiques de la vie publique.
Méthodes mixtes : intrusions numériques et filatures physiques
Les opérations dénoncées combineraient des méthodes numériques avancées et des actions de terrain. Des appareils auraient été infectés via des liens ou par la manipulation de téléphones dans des points de vente, tandis que des agents de terrain collectaient des informations visuelles et de proximité : enregistrements et vidéos pris en détention, dans des bureaux, des voitures, des cafés et des domiciles. Des cybercafés auraient servi de points d’accès pour des logiciels de contrôle à distance, permettant l’accès aux machines ciblées et la capture d’appels, de messages et de fichiers multimédias.
Recrutement d’informateurs et usages clandestins
Le rapport décrit l’utilisation systématique d’informateurs locaux — voisins, commerçants ou employés de boutiques téléphoniques — chargés de produire des comptes rendus quotidiens sur les déplacements et les contacts des personnes ciblées. Dans un cas cité comme « cas d’école », une opération aurait cherché à laisser le moins de traces possible en combinant caméras cachées, infiltrations numériques et nettoyage des preuves. Des images intimes auraient été filmées dans des logements privés, ce qui a accentué l’effet dissuasif et la stigmatisation des personnes visées.
Effets sur les procédures judiciaires et la liberté de la presse
Les personnes ciblées rapportent des répercussions directes sur leur parcours judiciaire et professionnel : interrogatoires menés dans un contexte où la traçabilité des communications et déplacements était altérée, procès entravés et pression sur les médias indépendants. Des poursuites pénales à caractère moral ou sexuel, dans un environnement social conservateur, ont été évoquées comme une méthode de discrédit et d’effondrement professionnel. Plusieurs journalistes et organes de presse ciblés ont vu leur activité fragilisée par des campagnes de diffamation en ligne et des pertes de revenus publicitaires.
Réponse des autorités et controverse publique
Les allégations ont été fermement contestées par les autorités qui ont demandé des preuves matérielles jugées nécessaires pour établir une responsabilité. Des médias locaux ont aussi remis en question la portée des données techniques présentées, notant que la présence d’un numéro dans des enregistrements de ciblage ne prouve pas à elle seule l’infection d’un appareil. Ces contestations ont alimenté un débat public sur les standards de preuve en matière de cyberespionnage et sur la transparence des procédures d’enquête.
La diffusion de ces éléments relance les interrogations sur l’utilisation d’outils de surveillance de pointe face aux garanties juridiques et aux droits fondamentaux. Les personnes visées demandent des clarifications et des garanties de protection, tandis que la société civile réclame des enquêtes indépendantes et des mécanismes de contrôle pour prévenir les abus.