RDC: manifestations réprimées contre la tentative de troisième mandat de Tshisekedi
Manifestations massives en RDC contre une réforme perçue comme ouvrant la voie à un troisième mandat
Le 15 septembre 2026, des manifestations nationales en RDC ont eu lieu contre une réforme ouvrant la voie à un troisième mandat; dispersion, gaz lacrymogènes et arrestations.
Le 15 septembre 2026, des centaines à des milliers de personnes ont défilé dans plusieurs villes de la République démocratique du Congo pour protester contre des changements constitutionnels perçus comme destinés à permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. Les rassemblements, organisés dans la capitale Kinshasa ainsi que dans les grandes villes minières du sud-est, ont été dispersés par les forces de l’ordre, entraînant des arrestations et un climat de forte tension politique.
Manifestations simultanées à Kinshasa, Lubumbashi et Uvira
Des cortèges se sont formés mardi matin dans les artères principales de Kinshasa; des manifestations ont également été signalées à Lubumbashi et à Uvira malgré les interdictions locales. Les participants portaient des banderoles et scandaient des slogans appelant au respect de la limite de deux mandats inscrite dans la Constitution. Plusieurs points stratégiques ont été bloqués temporairement, perturbant la circulation et l’activité commerciale dans les quartiers concernés.
Intervention des forces de l’ordre et arrestations
La police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser des rassemblements considérés par les autorités comme non autorisés. Au moins dix personnes ont été arrêtées lors des opérations de maintien de l’ordre, selon des bilans communiqués par des responsables locaux. Les forces de sécurité ont justifié leur intervention par la nécessité de garantir l’ordre public, tandis que des manifestants dénoncent des arrestations qualifiées d’arbitraires et des détentions de militants politiques.
La coalition C64 et les revendications de l’opposition
Les manifestations s’inscrivent dans une journée d’action nationale organisée par la coalition d’opposition baptisée C64, qui réunit plusieurs partis et acteurs de la société civile opposés à la révision constitutionnelle. Des responsables de la coalition ont déclaré que l’objectif était d’empêcher toute modification qui minerait la limitation des mandats et la tenue d’élections libres. Des chefs de file de l’opposition ont affirmé que de nombreux militants avaient été interpellés et ont demandé la libération immédiate des détenus.
Projet de réforme constitutionnelle et enjeux politiques
La Constitution congolaise limite actuellement la présidence à deux mandats de cinq ans. Au mois de juin, le parlement a adopté un projet de loi visant à permettre la tenue d’un référendum sur des modifications constitutionnelles, une procédure qui, selon ses partisans, offrirait une voie légale à un changement des règles actuelles. Les partisans du président ont soutenu la démarche, tandis que des forces politiques, des groupes citoyens et l’Église catholique ont vivement dénoncé le projet, le considérant comme une tentative de contournement de la limitation des mandats.
Conflit dans l’est et conséquences sanitaires
La montée des tensions politiques intervient alors que la RDC fait face à des défis sécuritaires et sanitaires majeurs. Dans l’est du pays, des combats perdurent entre l’armée et des groupes armés, dont le M23, dans une zone riche en ressources naturelles. Kinshasa continue d’accuser le Rwanda de soutenir certains groupes rebelles, allégations que Kigali rejette. Parallèlement, le pays lutte contre une épidémie d’Ebola, qualifiée de l’une des plus graves jamais enregistrées, dont la propagation est favorisée par l’instabilité et les zones où l’État a peu de présence. Ces crises combinées compliquent la capacité des autorités à répondre à la contestation politique et aux besoins humanitaires.
Les relations régionales et la pression internationale ajoutent une dimension diplomatique aux événements: des représentants congolais et rwandais doivent se retrouver à Genève les 16 et 17 septembre 2026 pour discuter de la mise en œuvre d’accords de paix antérieurs, un calendrier susceptible d’influencer l’évolution du conflit dans l’est. Les prochains jours seront déterminants pour la tenue éventuelle de négociations nationales annoncées par la présidence, mais déjà critiquées pour l’exclusion de certaines factions armées et pour leur timing au cœur d’une crise politique aiguë.
La situation reste volatile: l’opposition appelle à de nouvelles mobilisations tant que le projet de réforme ne sera pas retiré, tandis que le gouvernement affirme privilégier le dialogue national. Les prochaines étapes politiques et diplomatiques, ainsi que la capacité des institutions à préserver l’ordre sans recourir à la répression, détermineront l’ampleur et la durée de la crise.