RDC saisit la CIJ contre le Rwanda pour 30 ans d’exactions et déplacements
RDC saisit la Cour internationale de Justice contre le Rwanda pour 30 ans d’exactions dans l’est
La RDC a porté, le 26 juin 2026, une requête à la CIJ alléguant trente ans de massacres, violences sexuelles et déplacements forcés imputés au Rwanda dans l’est congolais.
La République démocratique du Congo (RDC) a déposé, le vendredi 26 juin 2026, une requête formelle auprès de la Cour internationale de Justice (CIJ), accusant le Rwanda d’un rôle direct dans des exactions commises depuis 1996 dans l’est de la RDC. La plainte, introduite devant le principal tribunal international chargé des différends entre États, accuse Kigali d’avoir participé à des massacres, d’avoir soutenu des groupes armés mandataires et d’avoir contribué à des déplacements forcés et à de graves violations des droits humains sur une période de trois décennies.
Dépôt officiel et périmètre temporel de la plainte
Le gouvernement congolais a demandé l’ouverture d’une procédure à la CIJ en alléguant que les abus reprochés au Rwanda s’étendent de 1996 à aujourd’hui. La plainte précise que les opérations visées ont commencé après le génocide commis au Rwanda en 1994 et que les premières victimes identifiées ont été des Hutus présents initialement sur le territoire zaïrois puis congolais. Le dossier étend toutefois les accusations à d’autres groupes ethniques congolais — notamment les Nyindu, Bembe, Lega, Nande, Hunde et Bashi — qui auraient également été ciblés.
Nature des allégations et formes de violences
La requête décrit, selon les termes retenus par l’État plaignant, des actes qualifiés de massacres, exécutions extrajudiciaires, tortures, violences sexuelles et déplacements forcés à grande échelle. Le gouvernement congolais formule la demande que la Cour ordonne au Rwanda de mettre fin à ces actes présumés et d’accorder des réparations complètes tant à l’État qu’aux victimes civiles. Le dossier qualifie l’ampleur des souffrances infligées aux populations civiles de l’est comme exceptionnelle.
Rôle allégué des forces rwandaises et des groupes mandataires
La plainte impute des opérations illégales aux forces armées rwandaises, souvent en coordination avec des groupes mandataires. Parmi ces groupes, la plainte cite l’alliance M23/AFC et l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL). Ces forces auraient mené des opérations ciblant camps de réfugiés, villages et villes, actions que la RDC relie aux conflits régionaux successifs depuis la fin de la guerre civile rwandaise.
Prises de territoire récentes et impact humanitaire
Le dossier souligne que le M23, groupe armé majeur évoqué dans la plainte, s’est emparé des villes congolaises stratégiques de Goma et de Bukavu au début de 2025, provoquant le déplacement de centaines de milliers de personnes et portant un coup à la consolidation fragile de la paix. Les offensives de 2025 ont ravivé les crises humanitaires et souligné l’échec des accords diplomatiques récents à stabiliser la région.
Tentatives diplomatiques et positions publiques
La plainte intervient après des efforts diplomatiques internationaux qui n’ont pas permis d’endiguer la violence : un accord de paix signé en juin 2025 sous l’égide des États-Unis et une déclaration de cessez-le-feu négociée par le Qatar n’ont pas suffi à arrêter les hostilités. Le Rwanda a longtemps nié tout soutien au M23, affirmant que ses opérations visent à se défendre contre la présence sur le sol congolais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), une milice hutue. La RDC rejette ces affirmations et demande à la CIJ de statuer sur la responsabilité de Kigali.
Conséquences judiciaires et précédents
Il s’agit de la troisième saisine de la CIJ par la RDC contre le Rwanda ; une tentative antérieure en 2006 avait été rejetée lorsque la Cour s’était déclarée incompétente. Avec le dépôt du 26 juin 2026, la CIJ devra maintenant décider de l’ouverture d’une procédure contentieuse, du calendrier des audiences et des mesures provisoires éventuellement ordonnées. La requête réclame non seulement l’ordre de cessation des violations alléguées, mais aussi des réparations financières et la reconnaissance de la responsabilité étatique.
La réaction officielle de Kigali n’était pas connue immédiatement après le dépôt de la requête. La procédure devant la CIJ devrait durer plusieurs mois, voire des années, et pourrait inclure des demandes de mesures conservatoires destinées à protéger les populations civiles pendant l’instruction. Les décisions de la Cour auront des répercussions politiques et diplomatiques majeures sur la région des Grands Lacs et sur les relations bilatérales entre Kinshasa et Kigali.