Recrutement forcé de migrants d’Asie centrale par la Russie en Ukraine
Un Tadjik de 26 ans raconte avoir été arrêté à Saint‑Pétersbourg, menacé en détention et contraint de s’engager pour la Russie avant d’être capturé en Ukraine
Un Tadjik de 26 ans affirme qu’après une arrestation à Saint‑Pétersbourg il a été soumis à des menaces en prison, poussé à signer un contrat militaire et capturé sur le front ukrainien en janvier 2026.
Résumé de l’affaire
Hushruzjon Salohidinov, 26 ans, dit avoir été interpellé à Saint‑Pétersbourg alors qu’il récupérait un colis décrit par les autorités comme contenant de l’argent volé. Après neuf mois en détention provisoire dans un établissement pénitentiaire situé à une trentaine de kilomètres de la ville, il affirme qu’un magistrat a refusé d’engager un procès en raison de la faiblesse des preuves. Plutôt que d’être libéré, il dit avoir subi des pressions et des menaces visant à le contraindre à s’enrôler dans les forces russes, et qu’il a finalement été envoyé combattre en Ukraine à l’automne 2025. Il a été capturé par les forces ukrainiennes en janvier 2026.
Arrestation et accusation à Saint‑Pétersbourg
Selon le récit de l’intéressé, l’interpellation est survenue alors qu’il travaillait comme coursier dans la ville. Les charges portées à son encontre auraient été liées à la récupération d’un colis prétendument lié à des vols commis auprès de personnes âgées. Après l’incarcération, un juge a jugé que les éléments matériels étaient insuffisants pour ouvrir un procès, mais la fin de la détention n’a pas produit la remise en liberté attendue par Salohidinov. Les procédures qui ont précédé son enrôlement mettent en lumière des mécanismes administratifs et policiers qui, selon plusieurs témoignages de migrants, peuvent aboutir à des détentions prolongées pour des motifs documentaires ou mineurs.
Pressions et menaces en détention
Le témoignage indique que, face à l’absence de poursuites valides, des gardiens ont exercé une pression psychologique extrême pour obtenir son “volontariat”. Les pressions allaient des menaces de violence sexuelle collective à l’offre d’un avantage financier substantiel : une prime d’engagement de 2 millions de roubles et un salaire mensuel annoncé de 200 000 roubles, assortis d’une promesse d’amnistie. Cette combinaison de menaces et d’incitations financières a, d’après lui, constitue le moteur principal de sa décision de signer un contrat à l’automne 2025, faute d’autres alternatives perçues.
Recrutement forcé des travailleurs migrants
Le cas individuel s’inscrit dans un mouvement plus large affectant des milliers de travailleurs migrants originaires d’Asie centrale. Depuis 2023, des pratiques policières et administratives auraient ciblé des personnes “non slaves” pour des infractions liées à la régularité des documents, à l’absence d’enregistrement ou à des formalités de migration. Les récits rassemblés évoquent des transferts directs vers des centres de conscription, des menaces d’expulsion, des pressions sur les familles et parfois des tromperies visant à obtenir des signatures. Des responsables ont publiquement annoncé des chiffres élevés de personnes ciblées et envoyées en première ligne, tandis que des observateurs dénoncent une xénophobie ambiante et l’exploitation de la vulnérabilité de ces travailleurs.
Formation insuffisante et conditions au front
Après son enrôlement, Salohidinov décrit une formation courte et inadaptée dans la région de Voronej : exercices physiques répétés sans préparation tactique, demandes extorsives pour acheter du matériel de meilleure qualité et castes de traitement dégradant. Il raconte avoir servi principalement en cuisine, subi des brimades et des coups, et être confronté à des repas qui ne respectaient pas ses pratiques alimentaires religieuses. Début janvier 2026, son unité a été transportée vers la région de Luhansk, où il signale un environnement de combat intense, des frappes de drones permanentes et un incident proche ayant endommagé son tympan gauche. Les conscrits ont aussi été envoyés dans des missions d’infiltration à très haut risque, parfois composées de petits groupes exposés sur des terrains minés et découverts.
Capture, traitement et perspective de retour
Au quatrième jour d’opérations en première ligne, Salohidinov et son commandant ont choisi de se rendre plutôt que de poursuivre une mission qu’ils jugeaient suicidaire. Il rapporte que, après la reddition, il a reçu des soins de base et de la nourriture, et qu’il ne regrette pas d’avoir été capturé car cela lui a permis d’échapper à la poursuite des combats. Il exprime désormais l’espoir de retourner au Tadjikistan et craint le risque de revenir en Russie lors d’échanges de prisonniers — des opérations périodiques qui, selon lui, le renverraient automatiquement au front. Les autorités de son pays d’origine ont, par ailleurs, déclaré en 2025 qu’aucun ressortissant tadjik ne serait poursuivi pour avoir combattu en Ukraine, ce qui rend la question de l’extradition et de la protection consulaire cruciale pour sa situation.
La trajectoire décrite par cet homme met en lumière des mécanismes de contrainte et d’exploitation qui affectent des populations migrantes vulnérables, et soulève des questions sur la régularité des recrutements, la protection des droits fondamentaux en détention et la prise en charge des personnes rendues au conflit.