Retrait de la MINURSO remet en question l’avenir du déminage au Sahara
La liquidation de la MINURSO soulève l’avenir du déminage au Sahara occidental
La liquidation annoncée de la MINURSO le 1er novembre ouvre une phase de retrait de la mission onusienne et pose immédiatement la question de la continuité des opérations de déminage et de sécurité des populations dans les zones à l’est du mur de défense.
La décision et ses premières conséquences
L’ONU a déclaré le 1er novembre l’ouverture de la phase de liquidation de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), après l’expiration de son mandat sans renouvellement. Une équipe réduite est chargée d’organiser le rapatriement du matériel fourni par les États contributeurs et de traiter l’équipement appartenant aux Nations unies. Le communiqué ne précise pas pour l’instant qui assurera, à long terme, les opérations spécialisées de lutte antimines qui dépendaient de la composante UNMAS au sein de la mission.
Bilan chiffré des opérations de déminage à l’est du mur
Les données du Service de lutte antimines des Nations unies (UNMAS) arrêtées en janvier 2026 dressent un bilan partiel mais significatif : 67 champs de mines ont été recensés, dont 43 ont été libérés ; sur 541 zones contaminées par des sous-munitions, 508 ont été traitées. Depuis 2008, le programme a permis de rendre utilisables environ 150 millions de mètres carrés de terrain et de neutraliser plus de 30 000 engins explosifs. Plus de 80 000 personnes ont bénéficié d’actions de sensibilisation à la sécurité, en particulier parmi des populations locales et nomades qui circulent fréquemment dans ces secteurs.
Reprise des opérations après interruption et périmètre d’action
Après une suspension majeure en 2020, les activités de déminage ont repris à l’est du mur en mai 2023, puis se sont étendues au sud du territoire en janvier 2024. Ces relances ont été mises en place après des discussions impliquant les Forces armées et les acteurs locaux concernés. Les chiffres publiés couvrent principalement les secteurs suivis à l’est du mur de défense, où l’intensité des opérations et leur coordination ont été les plus soutenues ces dernières années.
Financement actuel et besoins non couverts
Le financement du programme reposait principalement sur le budget des opérations de maintien de la paix, à hauteur d’environ trois millions de dollars par an. L’UNMAS indiquait rechercher un montant supplémentaire d’environ trois millions de dollars pour renforcer la prévention des accidents, l’aide aux victimes et les capacités locales de déminage. La fin du mandat de la MINURSO soulève désormais une incertitude sur le maintien de ces financements et sur la possibilité de garantir la continuité des fonds nécessaires aux opérations spécialisées.
Capacités locales et rôle de coordination de SMACO
Au fil des ans, l’UNMAS a accompagné le développement des capacités locales, notamment par le soutien au Saharawi Mine Action Coordination Office (SMACO). Les équipes locales ont été formées à la planification et à la coordination des opérations, mais la capacité de prise en charge autonome des campagnes de déminage à grande échelle reste limitée. Le retrait progressif des composantes internationales met en lumière le besoin d’un transfert effectif de compétences, d’équipements et de financements vers les acteurs locaux pour assurer la sécurité à long terme.
Questions opérationnelles et risques pour les civils
La présence d’engins explosifs et de sous-munitions continue de représenter une menace directe pour les civils, en particulier pour les pasteurs nomades et les communautés qui dépendent des terres libérées pour des activités agricoles ou de déplacement. La réduction ou l’arrêt des opérations internationales sans solution de relais augmentera les risques d’accidents et pourrait inverser les gains obtenus en matière de sécurité et d’accès aux terres depuis 2008.
La phase de liquidation en cours impose désormais des décisions rapides sur le transfert du matériel, des archives et des responsabilités opérationnelles. Les options possibles comprennent le renforcement des capacités nationales et locales, le recours à des financements humanitaires bilatéraux ou multilatéraux indépendants de la MINURSO, ou la création d’un mécanisme régional de coordination du déminage. Quelle que soit la voie choisie, la priorité opérationnelle reste la protection des populations et la prévention d’accidents liés aux explosifs.