Rougeole au Bangladesh: plus de 1 000 décès malgré 20 millions d’enfants vaccinés
Épidémie de rougeole au Bangladesh : plus de 1 000 décès, des bébés frappés avant la vaccination
Le Bangladesh fait face à une épidémie de rougeole en 2026 ayant causé plus de 1 000 décès depuis le 15 mars ; malgré près de 20 millions de doses administrées, des poches d’enfants non protégés persistent.
La mort d’un nourrisson admis en soins intensifs le 27 août met en lumière la gravité de l’épidémie de rougeole qui sévit au Bangladesh depuis le début de l’année. Entre retards d’approvisionnement, baisse progressive de la couverture vaccinale et perturbations des programmes, le pays a déclaré une flambée nationale début avril et dénombre, au 9 septembre 2026, 1 009 décès enregistrés — dont 100 cas confirmés en laboratoire et 909 cas suspects — alors que près de 19,75 millions d’enfants ont reçu des vaccins au cours d’une campagne d’urgence lancée en avril.
Un nourrisson décède après une admission en réanimation
Quelques jours après avoir reçu sa première dose contre la rougeole et la rubéole, un enfant âgé d’un an a développé fièvre et éruptions cutanées puis est décédé quelques minutes après son admission aux soins intensifs le 27 août. Le tableau clinique observé indique que l’enfant souffrait d’une maladie respiratoire préexistante et avait probablement été exposé au virus avant que la protection vaccinale ne soit effective, entraînant une aggravation rapide de son état.
Campagnes d’urgence et chiffres nationaux
Les autorités ont lancé une campagne de vaccination d’urgence le 5 avril, suivie d’une campagne nationale ouverte le 20 avril 2026, visant initialement environ 18 millions d’enfants âgés de six mois à moins de cinq ans. Les opérations ont abouti à l’administration de près de 19,75 millions de doses depuis avril, chiffre qui dépasse l’objectif annoncé. Parallèlement, une campagne de supplémentation en vitamine A menée le 28 juin visait environ 24 millions d’enfants du même groupe d’âge, révélant des écarts importants entre les estimations et les besoins recensés sur le terrain.
Estimation démographique et inégalités de couverture
Les experts pointent deux problèmes structurels : une sous-estimation initiale du nombre d’enfants éligibles et une couverture inégale entre régions et communautés. La couverture par la première dose contre la rougeole et la rubéole était passée de 88,6 % en 2019 à 86 % en 2023, tandis que la seconde dose est tombée de 89 % à 80,7 % sur la même période. La moyenne nationale masque des poches où la couverture est bien inférieure aux 95 % nécessaires pour interrompre la transmission, notamment parmi les populations mobiles et les zones difficiles d’accès.
Mortalité concentrée chez les très jeunes enfants
Les données hospitalières montrent que la majorité des décès surviennent chez des enfants très jeunes. Dans l’analyse d’un grand hôpital de référence, sur 57 décès confirmés ou suspects recensés au 23 août, 49 avaient moins de 15 mois et 31 avaient moins de neuf mois — âge auquel la première dose de routine est administrée localement. Parmi ces 57 décès, 83 % n’avaient reçu aucun vaccin contre la rougeole et la pneumonie a été identifiée comme complication principale dans 50 cas. Ces chiffres soulignent le risque élevé pour les nourrissons qui n’ont pas encore atteint l’âge de vaccination systématique.
Causes profondes : perturbations et désinformation
Plusieurs facteurs ont convergé pour fragiliser la protection collective : perturbations de la vaccination de routine liées à la pandémie de COVID-19, épisodes de désinformation, hésitation vaccinale et retards d’approvisionnement qui ont provoqué des pénuries en 2024 et 2025. Des bouleversements politiques récents ont également perturbé les chaînes logistiques du vaccin, compliquant la planification et le maintien des stocks nécessaires pour assurer une couverture homogène.
Prochaines étapes : microplanification et ciblage des populations manquées
Les autorités sanitaires préparent une nouvelle série de vaccinations prévue dans les deux semaines à venir. Les spécialistes insistent sur le fait que le succès ne dépendra pas uniquement d’un grand chiffre national de doses administrées, mais de la microplanification : identifier, communauté par communauté, les enfants qui ont été manqués et organiser des opérations ciblées pour les atteindre. Dans certaines zones fortement touchées, la surveillance peut recommander d’étendre la vaccination à des tranches d’âge plus âgées, jusqu’à 15 ans, afin d’éliminer les réservoirs de susceptibles.
Les hospitalisations ont commencé à diminuer par rapport au pic atteint au printemps, indiquant un impact partiel des campagnes. Néanmoins, des admissions continues et des décès récents montrent que la transmission n’est pas encore maîtrisée. Chaque nouveau cycle de vaccination devra être accompagné d’efforts pour restaurer la confiance, renforcer la logistique d’approvisionnement et assurer une couverture de 95 % ou plus à l’échelle locale pour empêcher de nouvelles flambées.
Les familles qui ont perdu des enfants, souvent trop jeunes pour être vaccinés, illustrent tragiquement les conséquences de ces lacunes : pour nombre d’entre elles, la protection est arrivée trop tard.