RSF à El-Fasher détient médecins, 370 femmes et 426 enfants en conditions désastreuses
Darfour : des milliers détenus dans des conditions « désastreuses » par les Forces de soutien rapide à El‑Fasher
Le Réseau des médecins soudanais alerte le 27 avril 2026 sur la détention de milliers de personnes par les Forces de soutien rapide à El‑Fasher, dans des conditions sanitaires et humanitaires critiques.
Le Réseau des médecins soudanais a publié un bilan alarmant le 27 avril 2026 faisant état de milliers de personnes retenues par les Forces de soutien rapide (RSF) dans la ville d’El‑Fasher, ouest du Soudan. Le document signale la présence d’au moins 20 médecins arrêtés et détenus, plus de 1 470 civils et 907 membres des forces armées dans plusieurs lieux de détention. Les autorités sanitaires locales et les ONG humanitaires décrivent des conditions jugées « désastreuses », avec des risques élevés pour la vie et la santé des détenus.
Prises de contrôle et détentions massives
Depuis la prise de la ville par les RSF, jusqu’à sa chute aux mains du groupe paramilitaire fin octobre, El‑Fasher est passé d’un dernier bastion militaire à un centre de détentions multiples. Les personnes retenues se trouvent dans des installations variées : la prison de Shalla, un hôpital pédiatrique transformé en lieu de détention et des conteneurs de fret réaffectés. Les centres reçoivent des civils et des militaires, avec des dizaines de médecins privés de liberté, ce qui limite drastiquement toute réponse médicale locale.
Conditions de détention et épidémie de choléra
Les centres de détention font face à une épidémie de choléra déclarée depuis début février 2026, aggravée par des conditions environnementales déplorables. Le manque d’eau potable, l’insalubrité et la malnutrition favorisent la propagation rapide de maladies infectieuses. Les détenus souffriraient d’un accès insuffisant aux soins : blessures causées par des bombardements ne reçoivent pas de traitement, et les ressources médicales sont décrites comme « critiques » voire inexistantes dans certains lieux.
Prise pour cible des civils, femmes et enfants
Parmi les personnes détenues figurent un grand nombre de civils vulnérables : le réseau rapporte 370 femmes et 426 enfants retenus dans les différents établissements. Les témoignages collectés et les éléments réunis par les équipes signalent des abus graves, allant de la torture aux exécutions sommaires lors d’interrogatoires, ainsi que des violences motivées par des critères ethniques. Ces allégations décrivent une situation où la détention n’est pas seulement privation de liberté, mais aussi exposition à des actes potentiellement criminels.
Affaiblissement des services de santé
La capture d’un nombre significatif de médecins, conjuguée à une pénurie aiguë de fournitures médicales, a profondément affaibli le système de santé local. Les établissements hospitaliers sont incapables d’assurer les soins de base, la prise en charge des blessés de guerre et la réponse aux flambées infectieuses. L’absence de personnel qualifié et de matériel compromet les interventions d’urgence, en particulier pour les enfants et les personnes âgées détenues ou déplacées.
Violences coordonnées et impact humanitaire durable
Des expertises internationales menées en février ont estimé que certaines opérations menées dans et autour d’El‑Fasher présentaient des caractéristiques compatibles avec des campagnes coordonnées de destruction de communautés non arabes, soulevant des craintes graves, y compris des accusations de crimes de masse. La violence généralisée a entraîné des flux massifs de déplacés internes et une détérioration rapide des conditions humanitaires : des centaines de milliers de morts et des millions de personnes déplacées ont été recensés depuis le début du conflit en avril 2023, transformant la région en l’un des foyers de crise humanitaire les plus graves au monde.
Des combats récents continuent d’affecter la population civile hors d’El‑Fasher. Une frappe contre le camp de déplacés de Hamidiyah, près de Zalingei, a fait au moins six morts et de nombreux blessés, tandis que des obus ont détruit des habitations à l’intérieur du camp, privant des familles — majoritairement des femmes et des enfants — d’un accès vital à l’aide. Les services humanitaires demeurent très limités et l’accès sécurisé pour l’acheminement de l’aide est fréquemment obstrué par les hostilités.
Les autorités du groupe paramilitaire n’ont pas formulé de commentaire public immédiat sur les allégations contenues dans le bilan du Réseau des médecins soudanais. La situation à El‑Fasher illustre l’enchevêtrement d’arrestations massives, de pénuries médicales et de violences à caractère ethnique, dans un contexte où l’espace humanitaire se rétrécit et où la population civile paie le prix fort du conflit.