Santé mentale des enfants au Salvador en crise après l’incarcération de masse
Salvador : l’état d’exception et l’incarcération de masse laissent des enfants traumatisés
Au Salvador, l’état d’exception et l’incarcération de masse privent des milliers d’enfants de repères; familles et psychologues alertent sur une crise mentale.
La politique sécuritaire d’El Salvador, marquée par un vaste état d’exception et des vagues d’arrestations, a laissé de nombreuses familles sans leurs principaux soutiens. En 2025, le pays affichait le taux d’incarcération le plus élevé au monde, avec près de 1,7 % de la population derrière les barreaux, un niveau deux fois supérieur à celui du deuxième pays le plus touché. Les conséquences sociales et psychologiques se manifestent notamment chez les enfants qui restent sans parents ou tuteurs, selon des associations locales et intervenants sur le terrain.
Taux d’incarcération et cadre légal
En 2025, le taux d’incarcération d’El Salvador a atteint environ 1,7 % de la population, plaçant le pays en tête au niveau mondial. De nombreuses détentions ont eu lieu dans le cadre de l’état d’exception, instauré pour répondre à la criminalité; des arrestations massives ont notamment été signalées depuis février 2025. Les mesures d’urgence ont permis des interpellations à grande échelle, mais ont aussi entraîné une série d’effets secondaires sociaux, en particulier au sein des foyers déjà vulnérables.
Familles privées de soutien parental
Des témoignages recueillis lors de rassemblements publics montrent l’ampleur de la rupture des liens familiaux. Des parents et proches se sont rassemblés pour demander la libération de détenus et pour attirer l’attention sur les enfants laissés derrière. Rosalina González, 59 ans, a participé à une manifestation à San Salvador le 8 mars 2026 pour réclamer la remise en liberté de ses fils, arrêtés sous l’état d’exception le 19 février 2025. D’autres familles portent des affiches avec le mot « innocent » pour défendre l’absence supposée de liens criminels entre leurs proches et les accusations retenues.
Témoignages de parents et de voisins
Les récits individuels mettent en lumière l’impact quotidien sur les enfants. Fatima Gomez, 47 ans, évoque la peur constante de la fillette de 10 ans après l’arrestation de son père en 2022 : à la vue de policiers ou de soldats, l’enfant se met à pleurer et cherche refuge à l’intérieur de la maison, craignant d’être « emmenée » elle aussi. Ces réactions traduisent un sentiment d’insécurité généralisé chez des enfants qui voient leurs repères familiaux et sociaux bouleversés.
Signes cliniques et observations des ONG locales
Des organisations de défense et des collectifs de jeunesse signalent une hausse des troubles psychologiques chez les mineurs affectés par les détentions. Des travailleurs d’ONG, comme ceux d’Azul Originario, observent une augmentation de l’anxiété, des symptômes d’évitement social, de la perte d’intérêt pour les activités scolaires et physiques, et des comportements de retrait. Les psychologues intervenant auprès de ces enfants indiquent que certains refusent d’étudier, évitent toute activité extérieure et développent une peur marquée des autorités après avoir assisté à l’arrestation de proches.
Contraintes pour les intervenants et appel à la protection des mineurs
Les professionnels et volontaires qui travaillent avec les familles rapportent des pressions croissantes : intimidation, surveillance, et dans certains cas arrestations visant des voix critiques depuis l’instauration de l’état d’exception. Ces contraintes compliquent l’accès aux soins psychologiques et sociaux indispensables pour les enfants affectés. Les acteurs locaux demandent des garanties de sécurité pour poursuivre les interventions, ainsi que des programmes de soutien ciblés — psychothérapie, suivi scolaire, et aide sociale — pour les mineurs exposés au traumatisme.
La combinaison d’une incarcération de masse et de mesures d’urgence a produit une génération d’enfants confrontés à la perte de leurs tuteurs, à l’insécurité quotidienne et à des symptômes psychologiques durables. Sans réponses coordonnées — renforcement des services de santé mentale, soutien aux familles d’accueil et garanties pour les ONG — le risque est que ces traumatismes se traduisent par un accroissement des vulnérabilités sociales et scolaires à long terme.