Sénégal : démission du président du Parlement ouvre la voie à Ousmane Sonko
Démission du président du Parlement sénégalais après le limogeage de Sonko
El Malick Ndiaye a annoncé le 24 mai 2026 sa démission de la présidence de l’Assemblée nationale, deux jours après le renvoi d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre, une décision qui fragilise davantage l’exécutif et complique les négociations en cours avec le FMI.
Annonce officielle et calendrier des événements
Le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, a rendu publique sa décision le 24 mai 2026, déclarant sur Facebook que sa démission relevait d’un choix personnel dicté par sa conception des institutions et de l’intérêt supérieur de la nation. Son geste intervient deux jours après le limogeage, le 22 mai 2026, d’Ousmane Sonko par le président de la République Bassirou Diomaye Faye. La proximité politique et personnelle entre Ndiaye et Sonko avait été manifeste depuis l’accession de Pastef au pouvoir en 2024, rendant la démission particulièrement symbolique et spectaculaire au sein du paysage politique sénégalais.
Conséquences pour la direction du Parlement
La démission d’El Malick Ndiaye ouvre la voie à une réorganisation du leadership parlementaire. Ousmane Sonko, malgré son limogeage du poste exécutif, pourrait briguer la présidence de l’Assemblée nationale, où le parti Pastef dispose d’une majorité solide. Si Sonko venait à obtenir cette fonction, il conserverait une position institutionnelle clé et la capacité d’influencer l’ordre du jour législatif, ce qui compliquerait la gouvernance du président Faye, auteur de son renvoi. Les manœuvres au sein de Pastef et les consultations parlementaires à venir détermineront l’équilibre des pouvoirs pour les prochains mois.
Impact sur les négociations avec le FMI
La crise politique survient alors que le Sénégal est engagé dans des discussions sensibles avec le Fonds monétaire international. Le FMI a gelé en 2024 un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars après la découverte d’une dette mal déclarée, et le niveau d’endettement du pays avait atteint 132 % du PIB à la fin de 2024. Le ministre des Finances, Cheikh Diba, avait indiqué que le gouvernement prévoyait de reprendre les négociations avec le FMI lors de la deuxième semaine de juin 2026, avec l’objectif de conclure un accord sur les points cruciaux d’ici le 30 juin 2026. L’instabilité politique et les remous au sommet de l’Etat risquent d’entraîner des retards supplémentaires et d’affaiblir la confiance des bailleurs.
Tensions internes au sein de Pastef
Les divergences entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko s’étaient accentuées au fil des mois, transformant une alliance initiale en rivalité ouverte. Le limogeage de Sonko marque l’apogée de ces tensions et provoque des réactions divisées au sein du parti. Les cadres de Pastef devront décider s’ils soutiendront Sonko dans une candidature à la présidence de l’Assemblée ou s’ils chercheront une solution de compromis. Les récents amendements au code électoral, adoptés à une large majorité en avril 2026, laissent la porte ouverte à une possible candidature de Sonko à la présidentielle de 2029, ce qui ajoute un enjeu stratégique aux choix actuels.
Contexte judiciaire et parcours des protagonistes
Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye partagent un passé commun de responsables publics promus au rang national après des épisodes judiciaires marquants. Tous deux anciens agents des services fiscaux, ils avaient été emprisonnés avant l’élection présidentielle de 2024 et libérés dix jours avant le scrutin. Sonko, figure de l’opposition sous la présidence de Macky Sall, avait été empêché de se présenter à la présidentielle de 2024 en raison d’une condamnation pour diffamation. Faye a remporté l’élection avec 54 % des voix en 2024, bénéficiant du soutien d’une large frange de l’électorat et d’une alliance initiale avec Sonko.
Risques pour la stabilité économique et politique
La combinaison d’une crise politique au sommet de l’Etat et d’un endettement public élevé accroît les risques macroéconomiques pour le Sénégal. Les retards dans l’accord avec le FMI pourraient se traduire par une réduction de l’appui financier et des contraintes budgétaires accrues. Par ailleurs, un Parlement dominé par un président issu d’une faction opposée au chef de l’Etat compliquerait l’adoption des réformes structurelles nécessaires pour restaurer la confiance des marchés et des partenaires internationaux.
Les prochains jours seront cruciaux: Pastef doit organiser des consultations internes et le Parlement doit entamer la procédure de remplacement de sa présidence, tandis que l’exécutif devra clarifier sa stratégie face aux enjeux économiques. La trajectoire politique entre maintenant en phase de recomposition, avec pour toile de fond des échéances économiques et institutionnelles serrées.