Sri Lanka rationne le carburant après la fermeture du détroit d’Ormuz
Sri Lanka : rationnement du carburant et hausse des prix après la fermeture du détroit d’Ormuz
La fermeture partielle du détroit d’Ormuz suite à la guerre déclenchée le 28 février 2026 a entraîné un rationnement strict du carburant au Sri Lanka, une hausse des tarifs et des risques accrus pour la sécurité alimentaire nationale.
Affluence et rationnement à Kandy
Dans la ville montagneuse de Kandy, des files d’attente longues et sinueuses se forment devant les stations‑service. Les autorités ont remis en place un système de distribution contrôlée reposant sur des codes QR : les motos reçoivent 8 litres par semaine, les tuk‑tuks 20 litres, les voitures 25 litres, tandis que les bus et les camions bénéficient respectivement de 100 et 200 litres de diesel. Le dispositif vise à gérer des livraisons devenues irrégulières depuis l’arrêt du trafic dans le détroit d’Ormuz, point de passage d’environ 20 % des exportations mondiales de pétrole et de gaz.
Approvisionnement vulnérable et capacités de stockage limitées
Le Sri Lanka importe près de 60 % de son énergie et conserve des réserves couvrant approximativement un mois de consommation. Les infrastructures de stockage sont insuffisantes : la principale société publique de GPL détient des installations pour 8 000 tonnes métriques, alors que la consommation nationale avoisine 33 000 tonnes par mois. Le gouvernement a annoncé la construction de huit nouvelles installations qui ajouteraient au total l’équivalent d’une semaine supplémentaire de stocks et a conclu un accord tripartite visant à réhabiliter une ancienne ferme de stockage à Trincomalee.
Impact immédiat sur les prix et le pouvoir d’achat
Depuis le début du conflit, les prix des carburants au Sri Lanka ont augmenté d’environ 33 %. Les tarifs des bus ont grimpé de plus de 12 %, et le prix du gaz de pétrole liquéfié a progressé d’environ 8 %. Ces hausses s’ajoutent à des revenus qui, pour la majorité de la population, n’ont pas été revalorisés, accentuant la pression sur les ménages à faibles revenus et sur le coût du transport quotidien. Les économistes anticipent un effet domino sur les prix alimentaires, en partie parce qu’une part importante de l’urée mondiale transite par le détroit d’Ormuz : des projections indiquent une hausse potentielle des prix alimentaires nationaux de l’ordre de 15 %.
Coûts budgétaires et mesures publiques
Le gouvernement assume une partie de la hausse internationale en subventionnant le carburant à la pompe, ce qui se traduit par un manque à gagner mensuel estimé à 63 millions de dollars. Les autorités expliquent que cette subvention vise à prévenir des perturbations majeures du transport et de la production industrielle. En parallèle du rationnement, l’exécutif a instauré des mesures pour réduire la consommation d’énergie, notamment la fermeture des bureaux et des écoles le mercredi afin de limiter les déplacements et l’usage de carburant.
Recherches d’approvisionnement alternatif
Face à la raréfaction des expéditions via le détroit, Colombo a intensifié les négociations internationales. Des entretiens ont eu lieu avec des fournisseurs potentiels, y compris des offres d’approvisionnement depuis l’Iran — rejetées en l’état en raison de contraintes logistiques — et des discussions avec la Russie pour des approvisionnements à prix préférentiels. Des commandes sont également en cours pour des livraisons via les Maldives, qui seraient ensuite acheminées par de petits navires. Ces manœuvres cherchent à diversifier les routes et à limiter les interruptions, mais les volumes disponibles restent insuffisants pour couvrir immédiatement les besoins nationaux.
Risques pour l’agriculture et perspectives à moyen terme
Au‑delà du carburant, la chaîne d’approvisionnement des engrais est fragilisée : l’ingrédient principal de certains fertilisants provient du Moyen‑Orient et pourrait devenir moins disponible si les liaisons maritimes restent perturbées. Les experts recommandent d’accélérer le renforcement des capacités de stockage et d’explorer des accords régionaux pour sécuriser les importations critiques. À court terme, le gouvernement ne dispose que de marges de manœuvre limitées : rationnement, subventions ciblées et mesures de réduction de la demande restent les principaux outils disponibles.
Pour de nombreux Sri‑Lankais, la situation ravive le souvenir de la crise de 2022 ; pourtant, les responsables insistent sur la différence de cause : l’actuelle perturbation est d’origine externe et liée au conflit international, tandis que la crise précédente résultait de dysfonctionnements économiques internes. Les autorités affirment être prêtes à soutenir la population, mais soulignent que l’issue dépendra largement de l’évolution du trafic maritime mondial et de la réussite des accords négociés pour diversifier et sécuriser les approvisionnements.