Tchad: pénurie d’eau menace 50 000 réfugiés soudanais à Goudrane
Tchad : la pénurie d’eau met en péril des dizaines de milliers de réfugiés soudanais dans l’est
Crise de l’eau dans les camps de réfugiés soudanais au Tchad : pénurie, afflux massif et besoins humanitaires dépassés mettent des milliers de vies en danger.
Un camion-citerne arrivé au sommet d’une crête près du camp de Goudrane, dans l’est du Tchad, a déclenché une ruée désespérée après quatre jours sans approvisionnement. En moins de dix minutes, les 6 000 litres d’eau ont été vidés par une foule affamée d’eau : femmes et enfants qui transportent des jerrycans pour assurer un jour de survie de plus. Le camp de Goudrane abrite environ 50 000 réfugiés soudanais, et la scène illustre la crise hydrique qui frappe les établissements pour personnes déplacées le long de la frontière soudano-tchadienne.
Panique à Goudrane après l’arrivée du camion-citerne
Lorsque le camion a ralenti sur la crête, des centaines de personnes ont sprinté sur le sable brûlant. Des femmes sont tombées, des enfants ont été piétinés, et de nombreux jerrycans ont été arrachés des mains de ceux qui avaient réussi à s’en emparer. Le chargement d’eau s’est évaporé en quelques minutes, laissant de nouveau le camp sans réserve. Les témoignages recueillis dans le camp décrivent des scènes de désespoir quotidiennes où l’obtention d’un peu d’eau devient l’événement central de la journée.
Récits de réfugiés marqués par la violence et la perte
Parmi les réfugiés, les récits de violences subies au Soudan se mêlent à la lutte quotidienne pour l’eau. Rokhia Ibrahim, enseignante de 43 ans, raconte l’horreur vécue lors de sa fuite d’El Fasher : des attaques contre sa famille, la perte de la vue de son mari après des coups, et des gestes de violence qui ont laissé des séquelles physiques et psychologiques. D’autres réfugiés décrivent viols, exécutions et pertes d’êtres chers le long des parcours d’exode. Ces traumatismes nourrissent la vulnérabilité et compliquent l’accès aux services de protection et de santé dans les camps.
Pression sur les capacités d’approvisionnement et infrastructures
Les installations existantes — forages, pipelines, stations de traitement et blocs sanitaires — sont débordées par l’afflux constant de nouveaux arrivants. L’augmentation soutenue des besoins dépasse rapidement la capacité des infrastructures en place, entraînant des rationnements et des files d’attente pour chaque distribution. Les équipes sur le terrain doivent arbitrer et prioriser, mais les ressources financières et matérielles disponibles restent insuffisantes pour couvrir l’ampleur de la demande.
Conséquences sanitaires liées au manque d’eau
La pénurie d’eau compromet les soins : les médicaments pour infections et affections bactériennes perdent de leur efficacité si les patients ne peuvent pas s’hydrater ou respecter des règles d’hygiène élémentaires. Dans la clinique du camp, une seule praticienne tente de répondre à des besoins qui ne relèvent pas uniquement du médical. Les risques d’épidémies, de déshydratation chez les enfants et les personnes âgées, ainsi que d’aggravation des maladies chroniques augmentent en l’absence d’approvisionnement suffisant en eau potable.
Flux migratoires et chiffres de l’exode
Depuis le déclenchement du conflit en avril 2023, plus de neuf cent trente-huit mille réfugiés soudanais se sont dirigés vers le Tchad, s’installant majoritairement dans des camps situés dans l’est aride du pays. Beaucoup vivent désormais avec moins de la moitié de l’apport hydrique journalier recommandé par les standards humanitaires. Les camps de transit comme Adré continuent de recevoir des nouveaux arrivants présentant des blessures, des signes de malnutrition et des traumatismes psychologiques profonds.
Espérance d’un retour incertaine et besoins humanitaires croissants
La prolongation du conflit et l’absence de solutions politiques durables réduisent la perspective d’un retour sécurisé pour les réfugiés. Nombreux sont ceux qui souhaitent rentrer « seulement quand la paix sera revenue », sans pouvoir estimer une date. L’accumulation de besoins — eau, nourriture, abris, soins psychosociaux — dépasse la capacité des acteurs humanitaires et nécessite un renforcement significatif des moyens financiers et logistiques pour éviter l’aggravation d’une crise déjà profonde.
Les scènes observées à Goudrane, Adré et dans d’autres camps témoignent d’une urgence humaine où l’accès à l’eau devient aussi vital que la sécurité et la protection. Sans une augmentation rapide des ressources et une coordination renforcée des opérations sur le terrain, des milliers de réfugiés risquent de voir leur situation sanitaire et leurs chances de survie se détériorer encore davantage.