Trois ans après l’éclatement du conflit, le Soudan affronte déplacements massifs et famine
Soudan et pays voisins : trois ans après l’offensive d’avril 2023, déplacements massifs et faim aiguë
Trois ans après le déclenchement des combats d’avril 2023, une enquête menée auprès de 1 293 ménages révèle un cycle persistant de déplacement, de perte de moyens de subsistance et de pénurie alimentaire dans le Soudan, le Tchad et le Soudan du Sud.
Échelle des déplacements et de la faim
Les chiffres montrent l’ampleur de la crise : la quasi-totalité des familles déplacées a perdu son logement et des millions restent en mouvement ou dans des lieux d’accueil temporaires. Au Soudan, plus de neuf millions de personnes demeurent déplacées à l’intérieur du pays, tandis que près de 29 millions sont confrontées à une faim aiguë. Dans les zones étudiées, la pénurie alimentaire est devenue chronique : plus de 80 % des ménages interrogés au Soudan et quasiment tous ceux du Soudan du Sud déclarent sauter des repas de façon régulière.
Effondrement des moyens de subsistance
La crise économique et la rupture des activités génératrices de revenus ont anéanti les moyens de subsistance pour la plupart des ménages. Près des trois quarts des foyers sondés n’ont aucun revenu stable. Environ 90 % ont perdu leur domicile, éliminant les bases matérielles essentielles à toute reconstruction. Les déplacements répétés aggravent la situation : au quatrième déplacement, près des deux tiers des personnes interrogées signalent un épuisement total et l’épuisement de leurs ressources essentielles, rendant toute relance locale quasi impossible.
Traumatismes et séparations familiales
Le traumatisme collectif est profond et multifacette. Environ 65 % des ménages ont été séparés de membres de leur famille au cours des déplacements ou des violences initiales. Ces séparations alimentent l’insécurité psychologique et augmentent la vulnérabilité des enfants et des personnes âgées. Les signes d’usure mentale et physique se multiplient : anxiété, dépression, troubles du sommeil et incapacité à planifier l’avenir sont couramment rapportés par les familles déplacées.
Solidarité locale sous pression
Malgré l’épuisement, la solidarité reste une réponse clé sur le terrain. Dans certaines régions du Soudan et du Tchad, environ un bénéficiaire d’aide sur trois continue de partager ses maigres provisions avec des voisins, des inconnus et des nouveaux arrivants plus vulnérables. Cette entraide informelle a constitué pendant trois ans l’épine dorsale invisible de la réponse humanitaire, mais l’enquête indique désormais que cette bouée de sauvetage communautaire est poussée jusqu’à son point de rupture : les donateurs locaux et les familles solidaires manquent de ressources pour continuer à absorber l’afflux et à garantir des repas réguliers.
Conséquences pour l’éducation et le travail des enfants
La vie scolaire des enfants déplacés a été gravement perturbée. Seuls 45 % des enfants déplacés dans les trois pays vont régulièrement à l’école, selon l’enquête. L’effondrement des services éducatifs combine manque d’accès, insécurité et pression économique sur les familles. Environ 18 % des ménages ont été contraints d’envoyer leurs enfants travailler pour contribuer au revenu familial, exposant ces mineurs à des risques accrus et interrompant leur parcours scolaire sur le long terme.
Récit d’une mère de Khartoum
Parmi les témoignages recueillis, la voix d’Amina illustre l’expérience quotidienne de nombreuses familles. Elle a fui Khartoum avec quatre enfants et seulement les vêtements qu’ils portaient après la disparition de son mari durant les premiers jours des combats. « Au Soudan, maintenant, on court toujours », dit-elle, résumant la course permanente pour fuir la guerre puis pour trouver de quoi se nourrir. Son récit met en lumière l’impact humain des chiffres : perte d’un proche, déplacements répétés, incertitude et responsabilité de soin assumée seule par une mère.
Les données et les témoignages convergent vers une conclusion nette : la résilience et la générosité des populations affectées ont maintenu des familles en vie pendant trois ans, mais ces mécanismes internes ne suffisent plus. Les ménages déplacés manquent de logement, d’argent, de nourriture et d’accès aux services de base, et la pression sur les réseaux de solidarité locaux devient insoutenable. Sans un renforcement substantiel et soutenu des réponses qui ciblent la sécurité alimentaire, la protection, l’éducation et le regroupement familial, la situation risque de se détériorer davantage au détriment des plus vulnérables.