Tundu Lissu condamné à quatre ans après rejet de l’accusation de trahison
Tundu Lissu condamné à quatre ans de prison en Tanzanie; l’accusation de trahison rejetée
La Haute Cour de Dar‑es‑Salaam a condamné le 6 novembre 2026 le chef de l’opposition Tundu Lissu à quatre ans de prison pour incitation, tout en rejetant l’accusation de trahison qui aurait pu entraîner la peine de mort.
Le verdict rendu vendredi par une chambre composée de trois juges met fin à la possibilité d’une condamnation capitale pour l’un des principaux leaders de l’opposition tanzanienne. Les magistrats ont retenu le chef d’inculpation d’incitation, estimant que certaines déclarations de Lissu visaient à perturber le processus électoral et à favoriser la violence, mais ils ont écarté l’accusation de trahison portée initialement contre lui.
Verdict et peine
La cour a prononcé une peine de quatre ans de prison pour incitation. Les juges ont expliqué en audience que, selon leur appréciation, les propos tenus par l’accusé avaient l’intention de troubler l’ordre public dans le contexte électoral. Ils ont toutefois rejeté la qualification pénale de trahison, ce qui écarte le risque d’une peine capitale. Lors de l’audience, un des magistrats a précisé que la voie de l’appel restait ouverte, permettant ainsi aux parties de contester la décision devant une juridiction supérieure.
Arguments du tribunal et motivations
Le jugement s’appuie sur l’analyse des déclarations publiques attribuées à Lissu et sur l’appréciation de leur portée dans un climat post‑électoral tendu. Les juges ont estimé que si certaines phrases relevaient d’une rhétorique contestataire, elles avaient néanmoins franchi le seuil de l’incitation aux troubles. Le rejet de la trahison indique que la cour n’a pas retenu l’existence d’un complot visant à renverser l’État ou à commettre des actes soumis à la qualification de haute trahison.
Position de Tundu Lissu et de son parti
Tundu Lissu, qui dirige le principal parti d’opposition, a qualifié le procès de persécution politique et a affirmé que sa condamnation répondait à des directives politiques. Il a dénoncé ce qu’il a décrit comme des excuses juridiques pour l’emprisonner et a invité ses partisans à considérer la décision comme une étape d’une lutte plus large pour la démocratie. Son parti a annoncé qu’il exercerait tous les recours juridiques disponibles, y compris l’appel, et a appelé au calme parmi ses militants tout en rejetant la légitimité du procès.
Contexte des arrestations et du scrutin d’octobre 2025
La procédure intervient dans un climat marqué par une vague d’arrestations d’opposants et de critiques avant le scrutin présidentiel d’octobre 2025. Ces mesures ont provoqué de vastes protestations pendant et après l’élection, que la présidente Samia Suluhu Hassan a déclarée remportée avec un score élevé. Les heurts et la répression ont été au centre de controverses: l’opposition et plusieurs groupes de défense des droits ont dénoncé un bilan humain très lourd, tandis que le gouvernement a avancé un chiffre officiel de 518 morts. La capitale commerciale, Dar‑es‑Salaam, avait vu son dispositif de sécurité considérablement renforcé avant l’annonce du verdict.
Antécédents judiciaires et politique de sécurité
Il s’agit du troisième procès majeur pour trahison dans l’histoire de la Tanzanie continentale, après deux affaires dans les années 1970 et 1980. Tundu Lissu, âgé de 58 ans, est une figure politique de longue date et a été à plusieurs reprises la cible d’arrestations et de poursuites. En 2017, il a survécu à une tentative d’assassinat au cours de laquelle il a été blessé par 16 balles, incident qui a nécessité de nombreuses opérations chirurgicales. Ces antécédents renforcent la dimension politique et médiatique de la procédure actuelle.
Le verdict ouvre désormais une phase procédurale axée sur l’appel et les réactions nationales et internationales. Les partisans de Lissu ont déjà manifesté leur mécontentement, et la décision est susceptible d’alimenter de nouveaux débats sur l’indépendance de la justice, les libertés politiques et la gestion des contestations post‑électorales en Tanzanie.