Une famille syrienne rapatriée ouvre une salle d’escalade pour les jeunes à Damas
Retour en Syrie : une famille de la diaspora ouvre une salle d’escalade à Damas pour attirer les jeunes
Une famille syrienne revenue du Canada ouvre une salle d’escalade à Damas pour offrir activités et espoir aux jeunes, malgré les défis de la reconstruction.
Depuis la chute du régime d’Assad en décembre 2024, plusieurs milliers de Syriens établis à l’étranger ont décidé de rentrer. Parmi eux, Yasseen Tasabehji, 33 ans, et sa famille ont quitté Mississauga, près de Toronto, pour s’installer définitivement à Damas en juillet 2025 et lancer un projet citoyen : une salle d’escalade dans le quartier de Mezzeh destinée à créer des activités, des emplois et des espaces de rencontre pour la jeunesse locale.
Un retour déclenché par des changements politiques
La prière de revenir s’est imposée à la famille après l’effondrement du pouvoir en place fin 2024 et la fuite de l’ex-présidence. Pour les Tasabehji, la décision est née d’un mélange de nostalgie, d’un sentiment d’appel et d’un constat : la Syrie a besoin d’acteurs privés prêts à investir socialement et économiquement pour soutenir la reprise. Ils avaient construit une vie stable au Canada depuis 2010, mais estiment que le moment était propice pour contribuer sur place.
Un projet sportif au service de la réinsertion
La salle d’escalade ouverte par la famille a rapidement été convertie en centre communautaire proposant cours, ateliers et programmes pour adolescents. Plusieurs membres de la fratrie sont des grimpeurs expérimentés : l’idée initiale d’un espace sportif s’est élargie à des activités visant à développer confiance en soi, esprit d’équipe et compétences professionnelles. Le lieu accueille déjà des cours pour enfants et des sessions destinées à encourager la pratique sportive régulière dans un contexte où les options récréatives sont limitées.
Flux de retours et profils des rapatriés
La famille Tasabehji fait partie d’un mouvement plus large : environ 1,5 million de Syriens sont rentrés depuis la chute du pouvoir précédent. Ces retours concernent des personnes réfugiées dans des pays voisins, des travailleurs expatriés, ainsi que des familles ayant migré en Europe ou en Amérique du Nord. Beaucoup espèrent reconstruire leurs maisons et relancer une vie professionnelle en Syrie, malgré un marché du travail et des infrastructures encore fragiles.
Contraintes économiques et coût de la reconstruction
La réintégration des rapatriés se heurte à des défis économiques considérables. Les estimations chiffrent la reconstruction à plusieurs centaines de milliards de dollars, et le coût élevé de l’énergie et l’inflation compliquent la reprise. Le nouvel exécutif a entrepris des démarches diplomatiques et économiques pour lever des barrières internationales et attirer des investissements, mais la relance reste lente et inégale. De nombreux rapatriés évoquent des difficultés financières et la possibilité de repartir si des opportunités plus attractives se présentent à l’étranger.
Tensions sociales et nécessité d’une réconciliation progressive
Le retour massif de populations ayant vécu des exils divers pose aussi des enjeux sociaux. Des communautés entières reviennent après des expériences contrastées à l’étranger ou après des déplacements internes causés par la guerre. Ces vécus différents alimentent parfois des incompréhensions et des tensions. Un responsable humanitaire interrogé indique que le retour doit être progressif et accompagné : la reconstruction physique doit être assortie d’un travail sur le tissu social pour éviter des ruptures de confiance entre groupes. L’accès inéquitable aux services amplifie les risques de frustration.
Initiatives locales comme vecteurs de cohésion
Face à ces défis, des initiatives privées et locales — comme la salle d’escalade des Tasabehji — jouent un rôle crucial. Au-delà de l’offre sportive, elles créent des emplois, forment des jeunes et offrent des espaces neutres de rencontre entre identités diverses. La famille organise des programmes visant explicitement à encourager la mixité sociale et à montrer qu’il est possible de vivre et de travailler ensemble malgré les divisions passées.
La démarche de ces rapatriés illustre un double pari : contribuer à la reconstruction matérielle et tenter de réparer, à petite échelle, les liens sociaux effilochés par la guerre. Leur expérience souligne aussi les limites d’une reconstruction exclusivement axée sur les infrastructures : sans opportunités économiques durables et sans politiques publiques favorisant l’inclusion, beaucoup de retours risquent de rester précaires. Pour l’instant, la salle d’escalade de Mezzeh symbolise une tentative pragmatique et concrète — modeste mais porteuse d’espoir — de rendre la Syrie plus attrayante pour sa jeunesse et d’encourager un avenir partagé.