Zimbabwe: l’essor du platine laisse les communautés minières sans routes écoles ni eau
Zimbabwe : la flambée du platine enrichit les exportations, mais laisse les communautés minières à court d’infrastructures
Au Zimbabwe, la hausse historique des prix du platine et un record d’exportations offrent des revenus massifs au pays, mais les populations vivant autour des mines dénoncent l’absence d’investissements tangibles dans les routes, les écoles, l’eau et les services de base.
Prix du platine à un sommet et opportunité économique
Les prix du platine ont atteint 2 923 dollars l’once le 26 janvier, marquant un pic historique qui renforce la valeur des exportations minières du Zimbabwe. Le secteur minier, qui représente environ 75 % des exportations nationales et près de 14,5 % du produit intérieur brut, a enregistré des recettes d’exportation record, atteignant 8,5 milliards de dollars en 2025 contre 5,9 milliards l’année précédente. Cette conjoncture crée une fenêtre pour augmenter les recettes publiques et financer le développement local, selon les chiffres rendus publics par des responsables économiques.
Concentration géographique : le Great Dyke et Mhondoro-Ngezi
La ceinture du Great Dyke, formation géologique centrale du pays, abrite d’importants gisements de platinoïdes. Dans le district de Mhondoro-Ngezi, des exploitations, des concentrateurs et des unités de transformation fonctionnent à grande échelle. Sur le site, le traitement du minerai et la logistique minière sont techniquement avancés, contrastant fortement avec l’état des villages voisins où l’infrastructure peine à suivre la croissance économique impulsée par l’extraction.
Conditions de vie à Turf, Mamina et Murambwa
Dans les localités de Turf, Mamina, Murambwa, Jompani, Majoki, Maleti et Makwavarara, la pression démographique a augmenté avec l’arrivée de travailleurs et de familles liées au secteur minier. Les habitants rapportent des trajets scolaires de 15 à 25 km pour certains élèves, des classes à l’air libre dans des écoles saturées et l’absence d’une route reliant plusieurs villages aux axes principaux. Les demandes communautaires incluent la construction d’une route reliant Kadoma/Kwekwe à Turf et la création d’une école secondaire satellite à Makwavarara pour réduire les distances et améliorer l’accès à l’enseignement.
Eau contaminée, décharges et perte de moyens de subsistance
Des résidents signalent la dégradation de la rivière Ngwazani, située à quelques centaines de mètres d’une décharge, affirmant que des eaux usées provenant de la zone minière ont pollué le cours d’eau. L’usage domestique et l’irrigation des jardins ont été affectés, et les inondations du lit de la rivière empêchent parfois les enfants d’aller à l’école faute de passerelle. La collecte de déchets plastiques est devenue un moyen de subsistance pour certaines familles ; une habitante indique gagner environ 20 dollars par mois en revendant des plastiques ramassés, soulignant la fragilité économique persistante malgré la richesse extraite des sols.
Réponses des mines et limites des investissements
Certaines sociétés minières ont annoncé des programmes de développement communautaire et des contributions financières annuelles. Une entreprise a déclaré investir en moyenne 1,5 million de dollars par an dans des projets d’éducation, de santé, d’eau et d’assainissement, citant la construction de forages, le soutien à des écoles via des programmes ciblés et des contributions aux dépenses municipales et rurales. Malgré ces engagements, les conseillers locaux et des leaders communautaires estiment que les efforts restent insuffisants face à l’ampleur des besoins : salles de classe saturées, pénurie de raccordement à l’eau potable, routes impraticables et accès limité aux décideurs des entreprises minières.
Demandes communautaires et pression institutionnelle
Les élus locaux et les représentants des associations de résidents demandent une meilleure coordination entre les autorités municipales, les conseils de district et les sociétés minières pour définir des plans d’investissement prioritaires. Les revendications consistent en la construction d’infrastructures routières, la création et la gestion d’écoles primaires et secondaires, des solutions durables pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement, ainsi que des projets générateurs de revenus ciblant spécifiquement les femmes et les jeunes. Les représentants municipaux soulignent aussi la difficulté d’accès direct aux responsables des mines pour plaider ces problématiques, situation qui complique la conception de réponses adaptées et transparentes aux besoins locaux.
Le contraste entre des revenus d’exportation historiques et l’absence d’améliorations tangibles dans les villages concernés alimente un sentiment d’injustice auprès des populations vivant à proximité des mines. Elles réclament désormais des engagements concrets et mesurables : routes praticables, écoles supplémentaires, accès à l’eau propre et projets économiques locaux qui permettront de convertir la richesse minière en héritage durable pour les communautés.