Formation continue des entreprises: progrès limités malgré 1 647 entreprises bénéficiaires en 2022
Le bilan contrasté des Contrats Spéciaux de Formation au Maroc : progrès timide et couverture insuffisante
Au Maroc, la montée des entreprises bénéficiaires du dispositif de formation continue est réelle mais limitée : le nombre annuel est passé de 965 en 2013 à 1 647 en 2022, pour un total cumulatif de 11 816 entreprises inscrites dans ce mécanisme, une progression jugée insuffisante au regard des besoins du tissu économique. (ledesk.ma)
Chiffres clés de l’usage des CSF
Le principal instrument public de soutien à la formation continue dans le secteur privé au Maroc, incarné par les Contrats Spéciaux de Formation (CSF), a connu une augmentation du nombre d’entreprises participantes sur la dernière décennie. En 2013, 965 entreprises ont eu recours à ce mécanisme ; en 2022, ce chiffre est monté à 1 647. Ces résultats restent toutefois faibles proportionnellement au nombre d’entreprises assujetties à la taxe de formation professionnelle, ce qui souligne l’ampleur du chemin restant à parcourir. (ledesk.ma)
Fonctionnement et mécanisme de financement
Les CSF permettent aux entreprises de se faire rembourser ou cofinancer des actions de formation destinées à leurs salariés, selon des règles d’éligibilité administrées notamment par l’OFPPT et financées à partir de la Taxe de formation professionnelle (TFP). Le dispositif exige des démarches formelles d’enregistrement et de justification des dépenses, et repose sur des plafonds et des critères qui varient selon la taille et le secteur de l’entreprise. Ces modalités expliquent en partie la complexité de recours pour de nombreuses structures, en particulier les petites et moyennes entreprises. (ofppt.ma)
Limites administratives et financières du dispositif
Plusieurs freins ont été identifiés par les acteurs et observateurs : délais de remboursement jugés trop longs, plafonnements de prises en charge qui réduisent l’attractivité du dispositif, et procédures administratives perçues comme lourdes par les petites entreprises. Ces facteurs dissuasifs font que beaucoup d’entreprises préfèrent limiter leurs investissements internes en compétences ou recourir à des formations internes non déclarées, plutôt que d’engager des démarches pour bénéficier des CSF. (etudiant.ma)
Conséquences sur la compétitivité et l’emploi
L’insuffisante diffusion de la formation continue au sein des entreprises a un impact direct sur la montée en compétences, l’adaptation technologique et la productivité. Des secteurs entiers restent en retard sur les besoins de transformation numérique, la qualité de production et la gestion des nouvelles normes, ce qui pèse sur la compétitivité nationale et sur l’employabilité des travailleurs. Renforcer l’accès à des formations qualifiantes et certifiantes pour un plus grand nombre d’entreprises apparaît donc comme un levier stratégique pour répondre aux défis du marché du travail. (ilo.org)
Initiatives législatives et demandes de réforme
La loi n° 60-17 relative à l’organisation de la formation continue, adoptée en 2018, a élargi le périmètre des bénéficiaires et introduit de nouveaux instruments (crédit-temps formation, validation des acquis de l’expérience), mais l’application concrète de ces mesures reste perfectible. Des voix institutionnelles et économiques réclament aujourd’hui une réforme plus ambitieuse du système pour accélérer la montée en charge, assouplir les procédures et mieux orienter les financements vers les secteurs prioritaires. (ledesk.ma)
Mesures possibles pour étendre la couverture
Les propositions pour améliorer l’efficacité du dispositif comprennent la simplification des démarches administratives, la réduction des délais de remboursement, la revalorisation des plafonds de prise en charge pour les PME, et la mise en place d’un accompagnement technique ciblé (diagnostic des besoins, ingénierie pédagogique) pour aider les petites entreprises à concevoir des plans de formation conformes aux critères d’éligibilité. Par ailleurs, la communication et la sensibilisation sur les avantages à long terme de l’investissement en compétences doivent être renforcées. (afflatus.consulting)
Face à ces constats, la question centrale demeure : comment transformer une progression numérique modeste en un déploiement massif et structurant pour l’économie marocaine ? Les chiffres récents montrent une amélioration, mais ils traduisent surtout une opportunité de réforme pour faire de la formation continue un outil réel de croissance, d’adaptation et d’inclusion professionnelle à l’échelle du pays.