Gambie: la Cour suprême décide mercredi de l’avenir de l’interdiction des MGF
Gambie : la Cour suprême statue sur l’interdiction des mutilations génitales féminines, l’avenir légal des filles en jeu
La Cour suprême de Gambie doit trancher une contestation constitutionnelle sur l’interdiction des mutilations génitales féminines (MGF), décision qui pourrait renforcer ou affaiblir la protection légale dont dépendent des milliers de filles.
La décision attendue cette semaine devant la plus haute juridiction du pays suscite une vive émotion dans les communautés. Des survivantes et des mères craignent que l’annulation ou l’affaiblissement de l’interdiction n’entraîne un retour à des pratiques cachées et à des procédures réalisées à un âge plus précoce. Pour beaucoup, l’enjeu dépasse le droit pénal : il s’agit de savoir si l’État maintiendra une barrière juridique contre une pratique qui laisse des séquelles physiques et psychologiques durables.
Témoignages de survivantes et de mères
Des femmes qui ont vécu l’excision racontent l’impact à long terme sur leur santé, leurs relations et leur maternité. Certaines décrivent des douleurs chroniques, des complications lors des rapports sexuels et des traumatismes psychologiques qui rythment leur quotidien. Plusieurs mères rapportent une peur constante que leurs filles, âgées de quelques années seulement, soient emmenées en secret pour subir la même procédure. Ces récits font écho à des cas récents dans lesquels des enfants ont été victimes de MGF malgré l’interdiction en vigueur, y compris un drame qui a coûté la vie à un nourrisson après une intervention clandestine.
Fonctionnement de la loi et application
L’interdiction actuelle criminalise les MGF et prévoit des peines allant jusqu’à plusieurs années de prison, et des sanctions particulièrement sévères en cas de décès. Toutefois, son application est restée limitée depuis son adoption : peu de poursuites ont abouti, et les condamnations effectives restent rares. Cette réalité a poussé certaines familles à recourir à des pratiques dissimulées, parfois sur des enfants plus jeunes, afin d’échapper au contrôle des autorités. Le procès devant la Cour suprême remet en question la validité constitutionnelle de l’interdiction et pourrait modifier l’équilibre entre protection légale et pratiques traditionnelles.
Données de prévalence et impact démographique
La pratique demeure très répandue dans plusieurs régions du pays. Une part importante des filles subissent une MGF très tôt dans la vie, souvent avant l’âge de cinq ans, et une proportion supplémentaire est excisée entre cinq et neuf ans. Dans l’ensemble, la majorité des femmes de la population interrogée ont déclaré avoir été excisées. Ces chiffres traduisent une norme sociale profondément ancrée et expliquent pourquoi les décisions judiciaires et politiques ont des conséquences immédiates sur des cohortes entières de filles.
Mouvements pour l’abrogation et réactions sociales
Depuis l’adoption de l’interdiction, des pressions politiques en faveur d’une abrogation sont périodiquement réapparues. Certaines voix invoquent la liberté religieuse et les traditions culturelles pour contester la loi, tandis que des groupes et des citoyens opposés à la pratique estiment que l’État a le devoir de préserver l’intégrité corporelle des enfants. Des manifestations en faveur de l’abrogation ont rassemblé des centaines de personnes, illustrant la polarisation du débat au sein de la société. Ce climat a alimenté une forte polarisation, rendant plus difficile l’existence d’un consensus public.
Conséquences possibles du verdict pour les protections et la prévention
Un maintien de l’interdiction en l’état renforcerait le cadre légal et donnerait aux autorités une base pour améliorer l’application, le signalement et les programmes de protection. À l’inverse, un jugement qui affaiblirait la loi risquerait de normaliser le retour des pratiques à grande échelle ou de les pousser encore davantage dans la clandestinité, compromettant la capacité des services de santé et de protection de l’enfance à intervenir. Les acteurs impliqués soulignent que la loi, seule, ne suffit pas : une application efficace, des services de soutien pour les survivantes, et des stratégies de sensibilisation communautaire sont nécessaires pour réduire durablement les MGF.
Pour de nombreuses familles, la décision est vécue comme un moment déterminant. Des mères interrogées expriment à la fois l’espoir et la crainte — espoir que l’État consolide la protection des filles, crainte que des décennies de progrès fragilement acquis soient annulées. La décision de la Cour suprême sera suivie de près par les communautés, les professionnels de santé et les organisations de la société civile, car elle définira le cadre légal et social qui guidera les actions futures en matière de protection des enfants et des droits des femmes.