Ghana oblige le raffinage local de l’or avant exportation dès le 1er septembre
Ghana impose le raffinage local du dore avant exportation pour capter plus de valeur
Depuis le 1er septembre, le Ghana exige le raffinage local du dore avant exportation pour capter plus de valeur, créer des emplois et renforcer la filière.
Le Ghana a mis en place, à compter du 1er septembre, une obligation de raffinage local pour une partie des exportations d’or, visant à retenir une plus grande part de la valeur ajoutée sur le territoire national. La directive émane de la Direction de la conformité de la nouvelle autorité Ghana Gold Board (GoldBod) et s’appuie sur la Ghana Gold Board Act, 2025 (Loi 1140). Elle interdit aux agrégateurs autofinancés (SFA) d’exporter du dore acheté dans le cadre d’accords avec des acheteurs agréés, sauf si ce dore a été préalablement raffiné au Ghana.
Entrée en vigueur et portée réglementaire
La mesure est entrée en vigueur le 1er septembre après la publication de la directive le 24 août. Elle impose que les demandes d’exportation ne soient traitées que si GoldBod confirme que l’or a été raffiné localement, que les frais applicables ont été acquittés et que les autres exigences réglementaires sont respectées. Le dore, qui est de l’or semi-affiné nécessitant un traitement complémentaire avant d’être transformé en lingots, est explicitement ciblé par cette règle. Les SFA ont reçu l’instruction de modifier leurs accords d’enlèvement existants avant le 31 août, afin de se conformer aux nouvelles exigences.
Obligations imposées aux agrégateurs et implications contractuelles
Les agrégateurs autofinancés se voient désormais privés de la possibilité d’expédier du dore non raffiné hors du pays si celui-ci provient d’accords avec des acheteurs agréés. Le court délai annoncé pour la mise en conformité a créé des contraintes pour des entreprises ayant des contrats en cours, qui doivent renégocier ou adapter leurs arrangements commerciaux. Les sanctions prévues en cas de non-respect peuvent aller du refus ou de la suspension des autorisations d’exportation à la suspension ou la révocation de licences, en passant par des pénalités administratives et d’autres mesures coercitives.
Capacités de raffinage actuelles et projets d’expansion
Le Ghana dispose actuellement de quatre raffineries d’or agréées. Parmi elles, Gold Coast Refinery, opérationnelle depuis 2016, affiche une capacité déclarée pouvant atteindre deux tonnes par semaine. La Royal Ghana Gold Refinery, mise en service en août 2024, annonce une capacité journalière de 400 kilogrammes. GoldBod entretient des accords d’approvisionnement avec ces raffineries ; dans le cadre de l’accord avec Gold Coast Refinery, au moins une tonne d’or par semaine est fournie. Gold Coast travaille aussi en partenariat avec la raffinerie sud-africaine Rand. Par ailleurs, GoldBod a engagé des projets d’agrandissement et décrit son ambition de construire ce qu’elle qualifie comme la plus grande raffinerie du continent africain.
Objectifs économiques et création de valeur
L’objectif officiel de la réforme est d’accroître la valeur ajoutée locale : en raffinant l’or au Ghana, le pays entend capter les marges intermédiaires historiquement captées à l’étranger, développer des emplois dans la transformation et fournir de l’or affiné à des industries locales telles que la bijouterie. Les recettes liées à l’exportation d’or ont connu une hausse importante : en 2025, les exportations d’or ont généré environ 20 milliards de dollars, contre 10,3 milliards en 2024, contribuant largement aux 31,1 milliards de dollars d’exportations totales de marchandises. La production d’or s’est également renforcée, atteignant près de six millions d’onces (environ 185 tonnes) en 2025, avec une augmentation notable de l’exploitation minière à petite échelle.
Réactions du secteur et enjeux opérationnels
Des acteurs du secteur estiment que la mesure peut corriger une “anomalie” qui laissait à l’étranger une part substantielle de la valeur de la chaîne. Pour plusieurs opérateurs, le raffinage local offre une opportunité de capter des marges et d’améliorer la formalisation du secteur. En revanche, des voix soulignent les difficultés pratiques : capacité de raffinage insuffisante à court terme, nécessité d’investissements pour augmenter les volumes traités, et complications contractuelles pour des accords déjà conclus. Les autorités ont donc préparé des mécanismes de contrôle et de compliance pour éviter l’exportation illégale de dore non raffiné et pour gérer la transition.
Contrôles, sanctions et perspective réglementaire
La directive renforce les conditions de licence : l’exportation ou la tentative d’exporter du dore non raffiné en violation des nouvelles règles constitue un manquement aux obligations et expose l’opérateur à des sanctions administratives et à des mesures de restriction des activités. GoldBod précise que les demandes d’exportation ne seront validées qu’après vérification du raffinement local et du paiement des frais requis. L’autorité prévoit aussi des dispositifs pour accompagner l’industrialisation du raffinage et le développement d’infrastructures annexes, dont la création annoncée d’un village aurifère inspiré du modèle des souks d’or internationaux.
La nouvelle politique vise à transformer la structure du secteur aurifère ghanéen en privilégiant la transformation locale et la rétention de valeur, tout en posant des défis opérationnels immédiats pour les exportateurs et les raffineries. Le succès dépendra de la capacité du pays à augmenter rapidement sa capacité de raffinage, à sécuriser les investissements nécessaires et à assurer une mise en œuvre graduelle qui évite de perturber les chaînes d’approvisionnement existantes.