À Lagos, l’extorsion par des agberos menace cinéastes, photographes et journalistes
À Lagos, tournages et prises de vue confrontés à l’extorsion et à la violence, les coûts et l’autocensure augmentent
À Lagos, cinéastes, photographes et journalistes font face à l’extorsion et aux agressions lors de tournages, alourdissant les coûts et favorisant l’autocensure
Une équipe de tournage a été prise pour cible à Ajah lorsque des hommes ont encerclé l’équipe et exigé un paiement immédiat de 100 000 nairas. La négociation a dégénéré : un membre de l’équipe tentant de protéger le matériel a été giflé, une bagarre a éclaté et un technicien a été poignardé au cou. Cet incident dramatique illustre une tendance dénoncée par des professionnels de l’image à Lagos : des collecteurs de rue — localement appelés agberos — imposent des prélèvements, menacent et utilisent parfois la violence contre ceux qui filment en public.
Agression et extorsion lors d’un tournage à Ajah
Moins d’une heure après le début du tournage, l’équipe a été contrainte d’abandonner son dispositif. L’assaillant a pris pour cible l’équipement et les personnes, provoquant une fuite précipitée. Le blessé a été évacué et soigné ; l’équipe, choquée, a rapporté l’impossibilité d’intervenir face aux assaillants armés de couteaux. Ce type d’attaque transforme chaque sortie professionnelle en prise de risque pour la santé physique et la sécurité du matériel.
Cas récurrents chez les créateurs et réalisateurs
D’autres professionnels rapportent des incidents similaires. Un réalisateur a vu un tournage nocturne interrompu par une foule exigeant de l’argent, laissant un décor inachevé et un agent de sécurité blessé après que des individus ont forcé l’entrée d’un portail. Une créatrice de contenu a indiqué avoir été contrainte de payer des sommes substantielles, d’abord réclamées à hauteur d’un million de nairas puis négociées à plusieurs centaines de milliers, pour pouvoir poursuivre son travail — ou simplement pour éviter une escalade de la violence. Des équipes déclarent également engager des garde‑corps et prévoir un budget spécifique pour la sécurité ou pour des versements forcés.
Effets économiques sur la production audiovisuelle
Pour les petites équipes indépendantes, ces prélèvements imprévus alourdissent immédiatement le budget. Outre la location du matériel, les salaires et les frais logistiques, les équipes doivent intégrer des coûts supplémentaires pour la sécurité ou des paiements de « passage ». Ce phénomène freine la spontanéité des prises de vue : les réalisateurs hésitent à immortaliser un instant sur le vif par crainte d’être interrompus et extorqués. Le résultat : une réduction des opportunités créatives et une hausse des coûts de production qui pèse plus lourd sur les indépendants que sur les grosses maisons de production.
Impact sur la liberté de la presse et l’accès à l’information
Les journalistes subissent les mêmes pressions. Des équipes couvrant des démolitions, des manifestations ou des catastrophes naturelles rapportent des tentatives d’extorsion, des menaces visant à saisir les caméras et des agressions physiques. Ces obstacles entravent la couverture des événements et privent le public d’informations cruciales. Les reporters finissent par éviter certains quartiers jugés dangereux, ce qui entraîne une représentation incomplète des actualités et une autocensure croissante au sein des rédactions.
Conséquences sur le tourisme et la production étrangère
Des créateurs de contenu étrangers ont aussi signalé des points de contrôle improvisés et des demandes d’argent répétées, sur des distances parfois longues, ce qui alerte les sociétés de production et les voyageurs. Les professionnels du risque estiment que, si la situation perdure, des tournages internationaux pourraient être réorientés vers des pays voisins offrant des conditions de travail plus sûres et prévisibles, avec un impact négatif sur la promotion culturelle et économique locale.
Appels à des réponses institutionnelles et communautaires
Des analystes recommandent une action coordonnée entre autorités, responsables communautaires et associations locales pour établir des règles claires concernant les tournages en espace public et pour lutter contre le harcèlement. Les autorités locales affirment que personne n’a le droit d’exiger de l’argent aux personnes qui photographient ou filment en public et promettent une réponse policière aux cas avérés. Sur le terrain, cependant, de nombreux professionnels n’osent pas porter plainte, convaincus que les démarches ne déboucheront pas sur des sanctions effectives.
Les incidents à Lagos révèlent un dilemme entre le besoin de documenter la vie urbaine et la réalité d’un environnement où la création et le reportage peuvent coûter bien plus que le simple prix d’une location de caméra, et où la sécurité physique et matérielle demeure fragile.