À Gaza, une mère prépare des biscuits de l’Aïd malgré pénuries et prix élevés
Gaza : une mère prépare des biscuits de l’Aïd malgré la pénurie et la hausse des prix
À Gaza, Samira, 60 ans, prépare des biscuits traditionnels de l’Aïd au feu de bois avec sa famille, confrontée à la rareté des ingrédients, aux hausses de prix et aux fermetures des points de passage.
Dans une maison partiellement endommagée du nord de Gaza, Samira Touman, mère de sept enfants, pétrit la pâte et façonne kaak et maamoul en compagnie de ses filles et de sa belle-fille. Ces préparatifs marquent le premier Aïd célébré localement depuis le cessez-le-feu d’octobre 2023. Malgré la poussière des décombres et l’absence d’équipements, la famille maintient la tradition : cuire des biscuits pour la famille, les voisins et quelques commandes, et ainsi obtenir un complément de revenu avant l’Aïd al-Fitr.
Préparatifs d’Aïd dans une maison partiellement détruite
Samira coordonne chaque étape : elle pétrit, sa fille prépare les farces de dattes et sésame, puis elles façonnent les pièces à la main. Là où autrefois elles disposaient de deux cuisines équipées et de fours électriques, tout se fait désormais à la main, avec des ustensiles réduits et un four alimenté au bois. Le travail collectif vise à conserver une continuité culturelle malgré les pertes matérielles subies pendant le conflit.
Cuisson au feu de bois faute de gaz
Faute de gaz de cuisson disponible, la cuisson se déroule au feu de bois. Le fils de Samira récupère des meubles brisés dans les maisons détruites pour alimenter le feu, et la famille gère la chaleur en alternance au four. Cette méthode, plus contraignante et salissante, remplace l’usage d’équipements électriques et modifie profondément le rythme et la propreté du travail culinaire, un contraste amer avec la période d’avant-guerre où la production se faisait de façon plus organisée et mécanisée.
Impact des fermetures de postes sur les prix des ingrédients
Fin février, des frappes et tensions régionales ont entraîné la fermeture répétée de plusieurs points de passage vers Gaza. Ces interruptions ont réduit l’offre de denrées et provoqué une flambée des prix : farine, semoule, pâte de dattes, ghee et sucre ont vu leurs coûts doubler selon la famille. Les passagers et les commerçants observent que, même après des réouvertures partielles, les tarifs restent élevés, contraignant les ménages à arbitrer entre traditions festives et dépenses essentielles.
Vente locale et adaptation économique
Les biscuits préparés servent à la consommation familiale mais aussi à la vente : commandes de voisins, petites ventes via les réseaux sociaux et échanges locaux offrent un revenu d’appoint. Samira souligne que la demande persiste malgré le coût élevé des ingrédients, car les habitants cherchent à préserver le goût de l’Aïd. Ces micro-entreprises domestiques deviennent un moyen de subsistance indispensable pour de nombreuses familles face à la hausse du chômage et à la dégradation du pouvoir d’achat.
Retour et déplacements internes après les déplacements forcés
La famille a été déplacée à plusieurs reprises pendant le conflit. Elle est revenue dans le nord de Gaza il y a environ un mois après un séjour à Khan Younis et des installations temporaires. Le retour dans une maison partiellement détruite n’efface pas l’angoisse liée à l’instabilité des accords et des engagements de cessez-le-feu : les familles hésitent à revenir tant que les attaques et les restrictions sur les flux de marchandises restent possibles. Pour Samira, revenir signifie retrouver un foyer mais aussi affronter des ruines et l’absence d’infrastructures de base.
Les conséquences psychologiques et matérielles du conflit restent visibles dans les gestes quotidiens : l’entretien des flammes, la manipulation de la suie, la reconstruction des outils de travail. Pourtant, au milieu des contraintes, persiste une volonté de normalité et de célébration. Samira et ses proches espèrent que l’Aïd marquera un tournant, avec une amélioration de l’accès aux matières premières, une diminution des prix et une reprise durable des moyens d’existence. Ils continuent de préparer, de vendre et de partager, attachés à transmettre ces gestes culinaires malgré l’épuisement et l’incertitude qui perdurent.