Abus présumés du BATUK au Kenya relancent demandes d’indemnisation des victimes
Accident et impunité alléguée : la famille d’une jeune Kényane réclame justice après des blessures causées par un véhicule militaire britannique
Au Kenya, une mère accuse BATUK d’avoir gravement blessé sa fille en 2019; la famille dénonce promesses non tenues, absence de suivi et coûts de soins insoutenables.
Accident de 2019 et blessures permanentes
En 2019, Chaula, alors adolescente, a été percutée alors qu’elle traversait une route près d’Archer’s Post. La victime a perdu une jambe et, selon sa mère, est restée paralysée, passant près de trois ans hospitalisée. Aujourd’hui, Chaula est alitée, soutenue par des tiges métalliques et dépendante de soins constants. Sa mère, Memusi Lochede, décrit une fille qui parle à peine et qui, lorsqu’elle a de « bons jours », ne demande qu’une chose ou deux — « nourriture » ou « salle de bain » — avant de retomber dans la passivité et la dépression.
Promesses de prise en charge et disparition des interlocuteurs
Après l’accident, un représentant de BATUK serait venu auprès de la famille, aurait présenté des excuses et assuré qu’aucune procédure judiciaire ne serait souhaitée, promettant de prendre en charge tous les besoins de la jeune femme. Lochede affirme que BATUK a réglé des factures d’hôpital sans fournir de reçus ni révéler les montants, puis a cessé tout contact. Les tentatives répétées de la mère pour joindre l’agent de liaison chargé de recevoir les plaintes locales seraient restées sans réponse, la laissant sans recours procédural effectif.
Difficultés financières et charge des soins
Avant l’accident, Lochede gagnait sa vie en fabriquant et vendant des colliers de perles à Nairobi pour subvenir aux besoins de ses cinq enfants. Depuis, elle ne peut plus quitter la maison : les soins de Chaula lui coûtent environ 30 000 shillings kenyans par mois, soit plus que ses revenus habituels. La pression financière et psychologique est constante. Lochede décrit la honte, la fatigue émotionnelle et l’humiliation de devoir appeler « autant de numéros pour obtenir de l’aide » sans réponse, et les moments où elle s’enferme et pleure parce qu’elle ne peut pas subvenir aux besoins de sa fille.
Rapport parlementaire consigne décennies d’allégations
Le cas individuel s’insère dans un tableau plus large. Une commission parlementaire de la défense a mené une enquête de deux ans et compilé un rapport de 94 pages rassemblant des témoignages d’abus allégués impliquant la présence militaire britannique au Kenya. Le document recense des accusations graves : homicides présumés, viols collectifs remontant aux années 1990, blessures par munitions non explosées et cas de paternité non reconnue. Le rapport souligne que, face à ces allégations, BATUK a refusé de comparaître, invoquant son statut et ses immunités, ce que la commission a qualifié de mépris institutionnel.
Difficultés d’accès à la justice et allégations d’impunité
Des témoins et des plaignants cités devant la commission parlementaire affirment que les procédures locales sont souvent contournées lorsque des membres du BATUK sont impliqués : dossiers policiers manquants, intimidation des victimes et absence de poursuites effectives. Pour les familles comme celle de Chaula, ces blocages signifient non seulement l’absence de réparation juridique mais aussi la persistance d’une vulnérabilité économique et sociale accrue. La mère affirme explicitement : « Ces soldats font ces choses parce qu’ils savent qu’ils peuvent s’en tirer sans problème. Ils savent que nous n’avons pas d’argent. »
Réponse officielle du ministère de la Défense britannique
Le ministère de la Défense britannique reconnaît l’importance des relations avec le Kenya et déclare répondre aux préoccupations soulevées par les autorités et les communautés, en mettant en avant la responsabilité juridique et sociale, la gestion environnementale et les normes éthiques. Il affirme également que les incidents de la route font l’objet d’enquêtes et que BATUK coopère avec les autorités locales et la police kenyane, en se soumettant, lorsque nécessaire, à la juridiction des tribunaux kenyans. Sur le cas particulier évoqué par la famille, le ministère indique qu’une offre d’indemnisation aurait été proposée via des instances intermédiaires, mais qu’il n’aurait pas été possible d’établir un contact direct avec un représentant autorisé de la famille pour finaliser une résolution approuvée par un tribunal.
Experts pointent une culture institutionnelle et un enjeu racial
Des spécialistes en études de sécurité et en droits des femmes estiment que les allégations ne peuvent être réduites à des incidents isolés. Selon ces experts, le rapport parlementaire et les témoignages suggèrent un schéma systémique pouvant refléter une « culture institutionnelle » au sein des forces concernées. Ils mettent aussi en avant l’élément racial dans la perception et le traitement des crimes commis au Kenya, arguant que des crimes similaires sont parfois pris moins au sérieux en raison du contexte postcolonial et des rapports de pouvoir entre l’État hôte et la force étrangère stationnée.
La situation de Chaula et de familles similaires illustre la difficulté de traduire des responsabilités en réparations tangibles lorsque statuts, immunités et déficits institutionnels compliquent les voies de recours locales, laissant des victimes dépendantes d’engagements non vérifiés et de mécanismes de suivi insuffisants.