Addis-Abeba accuse l’Érythrée, le Soudan et l’Égypte de soutenir des groupes armés
L’Éthiopie accuse l’Érythrée, le Soudan et l’Égypte de soutenir des groupes armés, risquant d’entraîner une escalade régionale
Éthiopie — Addis-Abeba accuse l’Érythrée, le Soudan et l’Égypte de soutenir des groupes armés, ravivant le conflit et le risque d’une instabilité régionale.
L’armée éthiopienne a relancé, le 29 septembre 2026, des accusations publiques qualifiant l’Érythrée, le Soudan et l’Égypte de soutenir des groupes d’opposition armés opérant sur le sol éthiopien. Les déclarations, formulées par le chef des forces armées, présentent ces États comme des « intermédiaires » et des acteurs contribuant à la déstabilisation. Les pays visés ont démenti toute implication, tandis que la reprise des combats dans plusieurs régions éthiopiennes alimente les craintes d’une extension du conflit au-delà des frontières.
Accusations et posture militaire d’Addis-Abeba
Le commandement militaire éthiopien a mis en cause des « adversaires historiques et contemporains » dans la résurgence des hostilités. Les autorités éthiopiennes affirment que l’Érythrée joue un rôle de relais entre des puissances régionales et des formations armées locales, et ciblent explicitement le Soudan et l’Égypte comme partenaires de cette manœuvre. Ces accusations interviennent alors que les forces gouvernementales font face à une coalition d’opposition qui a récemment consolidé son action à travers plusieurs régions.
Démentis officiels des pays cités
Face aux accusations, l’Égypte, le Soudan et l’Érythrée ont nié toute implication militaire ou politique dans les combats éthiopiens. Les représentants égyptiens ont rappelé leur attachement à la souveraineté des États et au respect du droit international, rejetant l’idée d’une ingérence. Le Soudan a qualifié les allégations de « sans fondement » et a, pour sa part, renvoyé l’accusation en pointant du doigt des soutiens présumés à ses propres groupes armés dans le conflit interne soudanais. L’Érythrée, contactée par les autorités éthiopiennes, a également rejeté les reproches sans indication publique d’une réciproque d’apaisement.
Conflits préexistants et dossier du barrage
Les tensions entre Le Caire et Addis-Abeba ont une longue histoire, notamment autour du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD). Le différend hydrique, non résolu depuis plus d’une décennie, alimente une méfiance persistante et complexifie toute coopération bilatérale. Par ailleurs, les relations entre l’Éthiopie et le Soudan ont été affectées par des accusations réciproques depuis le déclenchement de la guerre civile soudanaise en 2023. L’Érythrée, qui avait combattu aux côtés de l’Éthiopie lors du conflit du Tigré entre 2020 et 2022, navigue désormais entre coopération et rivalité, alors que les ambitions d’Addis-Abeba sur l’accès à la mer Rouge soulèvent des inquiétudes régionales.
Coalition d’opposition et risques d’unification interne
Une coalition d’au moins sept groupes représentant diverses régions et communautés a récemment annoncé son alliance contre le gouvernement fédéral. La formation de cette coalition est présentée par les autorités éthiopiennes comme une menace susceptible de justifier un discours d’unité nationale face à une « conspiration externe ». Des observateurs politiques estiment que dépeindre une menace étrangère peut contribuer à renforcer le soutien intérieur au gouvernement, mais soulignent aussi que cette stratégie comporte des risques si elle polarise davantage les opinions et marginalise les voies de résolution politique.
Zones touchées et implications transfrontalières
Les combats se sont intensifiés dans le nord du pays, touchant notamment le Tigré, l’Amhara et l’Afar. Ces régions totalisent des populations importantes et incluent des zones frontalières sensibles, proches de Djibouti et de l’Érythrée. Des responsables régionaux mettent en garde contre le potentiel d’une contagion du conflit, qui pourrait affecter les corridors commerciaux, les flux de réfugiés et la sécurité maritime dans la Corne de l’Afrique et la mer Rouge. Les routes d’approvisionnement et les infrastructures hydrauliques demeurent des enjeux susceptibles d’aggraver les tensions.
La situation humanitaire s’est déjà détériorée dans plusieurs provinces, avec des déplacements massifs de populations et un accès limité aux services essentiels. Les récents affrontements et la rhétorique d’accusation mutuelle entre États voisins accentuent le risque que le conflit interne prenne une dimension régionale si des mécanismes de désescalade ne sont pas rapidement activés.